“La Fille du Puisatier”, retour dans la France de Pagnol

Après “Jean de Florette”, dans lequel il jouait Ugolin, et “Manon des sources”, Daniel Auteuil s’attaque de nouveau à Pagnol. Avec “La Fille du Puisatier”, il signe son premier film en tant qu’acteur et réalisateur en revisitant ce qui fut un film de son temps, tourné en 1940, pour en faire une oeuvre historique gentiment nostalgique.

Sur fond de seconde guerre mondiale, cette comédie de moeurs, naturelle et réaliste, parle une langue universelle. Un puisatier (Daniel Auteuil), veuf, a hérité de six filles. La plus grande, Patricia (Astrid Berges-Frisbey), éduquée à Paris, est revenue en Provence pour s’occuper de ses soeurs et de la maison. Ce puisatier adule cette enfant, “qu’il aime autant qu’un garçon“. Pour ne pas la perdre, il souhaite la marier à son fidèle ami Felipe (Kad Merad). Mais la jeune fille, tombée sous le charme du fils Mazel (Nicolas Devauchelle), ne l’entend pas ainsi.

Soixante ans après, Daniel Auteuil a totalement respecté et honoré la France de Pagnol. Pour incarner l’esprit de Salon-de-Provence, il a choisi de tourner dans les Alpilles ou encore à Saint-Remy. Le choix de plans larges et fort lumineux rendent cette Provence accueillante et enveloppante, et plonge le spectateur dans ce décor caractéristique des oeuvres de Pagnol. La véracité et l’honnêteté des scènes de l’écrivain provençal habitent aussi ce film-hommage. La morale renaît de ses cendres avec Daniel Auteuil, qui manie la parabole aussi bien que la pioche. Ses monologues sont efficaces et sincères.

Daniel Auteuil montre qu’il maîtrise la comédie aux pointes tragiques propre à Marcel Pagnol, notamment dans son choix d’acteur. La belle Astrid Berges-Frisbey a compris les tempérements de Patricia et sait être bête et amoureuse aussi bien que réfléchie, têtue, et fière. Daniel Auteuil incarne parfaitement le rôle du vieux père maintenant qu’il a 62 ans tandis que Kad Merad joue agréablement le rôle de l’ami fidèle, et en qui on peut avoir confiance.

L’accent du sud est légèrement surjoué et parfois peu crédible mais Daniel Auteuil a réussi son passage derrière la caméra. “La Fille du Puisatier” est une belle carte postale historique, Marcel Pagnol peut dormir tranquille.

Infos pratiques:

“La Fille du Puisatier” (The Well-Digger’s Daughter): au Quad Cinema, 34 W 13th St, New York du 20 au 26 juillet;  au Elinor Bunin Monroe Film Center, 144 W 65th St., New York, du 20 au 26 juillet.