“La femme du Vème”, film énigmatique dans un Paris sinistre

Paris n’est pas le sujet du film. Paris dans ce film, ce n’est pas Paris. Ce pourrait être… Budapest !” Pawel Pawlikoski n’a pas fait de Paris le personnage principal de son dernier film. C’est pourtant bien dans la capitale française que se passe l’action de “La femme du Vème”. Et s’il est un mérite que l’on se doit de reconnaître au troisième long métrage du réalisateur polonais, c’est de montrer vision peu connue de la ville.

Tom Ricks, la quarantaine, est un écrivain américain (bien qu’il n’ait qu’un seul ouvrage à son actif). Séparé de sa fille depuis plusieurs années, il vient à Paris dans l’espoir de la retrouver. Mais il se heurte au barrage qu’est son ex-femme française. Et rien ne se passe comme prévu. Tom Ricks finit démuni, sans argent, loge dans un hôtel miteux et insalubre. Il trouve un poste de gardien de nuit mystérieux, acceptant de ne pas poser de questions. Il rencontre finalement Magrit. Une femme mûre, sensuelle, séduisante et énigmatique. Alors qu’ils entament une relation passionnée, une série d’événements inexplicables se déclenche.

L’inexplicable et l’incompréhension: ce sont bien les éléments qui dominent le film. Alors même que la caméra reste au plus près de Tom Ricks, incarné pas un Ethan Hawke épatant, le spectateur se sent distant face au mystère de l’individu. Une distance qui ne s’arrange pas quand apparaît Kristin Scott Thomas, alias Magrit, alias logogriphe vivant, personnage au moins autant illisible que Tom.

Malgré l’absence de réponse et de lignes de lectures (à moins qu’il n’y en ait trop ?), le film est prenant. Grâce à la photographie de Pawel Pawlikoski, difficile de détourner ses yeux de l’écran. La faible utilisation de plans larges donne au long métrage une athmosphère intimiste et le sepctateur se sent concerné. Même s’il ne comprend pas, il veut savoir. Et l’ambiance générale sombre, voire tendue par moments, ne fait qu’accentuer l’attention.

Enfin, si la majeure partie du film est tournée en français, à l’exception de quelques dialogues, notamment entre Ethan Hawke et Kristin Scott Thomas, Paris ou la France ne donnent pas le ton du film. Le réalisateur l’a dit : l’action pourrait se dérouler dans n’importe quelle ville. Loin des Champs Élysées ou de la place Vendôme, le Paris de “La femme du Vème” est gris, glauque et froid. Triste et pauvre, contrastant avec la richesse et le romantisme habitant les clichés américains. Loin également du parisiannisme franchouillard d’Amélie Poulain, du populisme campagnard des Ch’tis ou de la poésie ensoleillée de la Provence de Marcel Pagnol. Pawel Pawlikoski montre une France qui n’en est pas une.

Infos pratiques

“La femme du Veme”, film franco-polonais de Pawel Pawlikoski, avec Ethan Hawke et Kristin Scott Thomas. Adaptation du roman éponyme de Douglas Kennedy, dans les salles américaines le vendredi 15 juin. À New York, il sera projeté au Village East Cinema (181-189, 2nd Avenue) et au Lincoln Plaza Cinema (1886 Broadway).