La chasse au Bernard Arnault est ouverte

La semaine passée, les médias américains se sont passionnés pour l’histoire de l’homme le plus riche de France, Bernard Arnault, qui aspire à obtenir la nationalité belge. Un geste interprété comme une manœuvre pour échapper au projet d’imposition à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros voulu par François Hollande.

Le Christian Science Monitor témoigne de «la crise de colère » que suscite le sujet parmi les Français. « La France a passé la journée à accuser ce riche d’être un ‘traite’ et un ‘ingrat’ », affirme le site d’information, qui parle d’attaque “égalitariste et patriotique” contre le PDG de Louis Vuitton. C’est un sujet sensible, rappelle le site, car “les Français n’ont pas oublié la honte nationale provoquée par le Premier ministre britannique David Cameron qui affirmait, (…) au début de l’été, que Londres déroulerait le tapis rouge pour les Français riches en quête de paradis fiscaux.”

Mais tandis qu’un article de l’Associated Press repris par The Washington Post tente d’apaiser le débat en  notant que la nationalité belge ne changerait pas la situation fiscale d’Arnault – car celle-ci est “déterminée par la résidence, non pas par la nationalité” – le Wall Street Journal se montre plus méfiant. Pour le journal, pas besoin de se demander pourquoi “M. Arnault, dans un marché commun, aurait besoin d’un passeport belge pour faire du business ou voir ses parents en Belgique.” Pour le quotidien économique, la raison est toute trouvée : le président Hollande “n’a pas fait mystère de son aversion personnelle contre les riches et de son désir de les essorer de tout ce qu’ils ont”.  Pour le journal, le geste d’Arnault est la conséquence logique de la politique du gouvernement. Les riches français seraient bien inspirés de « faire comprendre qu’ils n’ont pas l’intention d’être vidés de leur valeur ». « Personne ne devrait être surpris si certains d’entre eux se redécouvrent des affinités pour de petits pays charmants aux frontières de la France “, note le Wall Street Journal avec ironie.

Même constat pour la chaîne CNN. D’après le commentateur Jonathan Isaby, la politique fiscale de M. Hollande “cause du tort aux Français et au trésor public”. Mais sa critique ne s’arrête pas là. La politique fiscale du “smash and grab” aura pour conséquence de vider la France de ses cerveaux, selon le commentateur. Dans un monde constitué de régimes d’impôts concurrentiels, les riches ne devraient pas faire l’objet de reproches quand ils veulent“réarranger leur finances, leur domiciliation ou leur nationalité”, et l’Etat ne devrait pas “confisquer” l’argent de “ceux qui ont bien fait”. Tandis que le détournement d’impôts est illégal, trouver des moyens de contourner les restrictions est “toutefois parfaitement légal”, souligne Jonathan Isaby. Sa solution? “Un abaissement des impôts”. Sans surprise.

Tea Party à Marseille

Il n’y a pas que les problèmes de M. Arnault qui intéressent la presse américaine. Plusieurs titres s’interrogent sur la santé économique de notre pays. Pour le Wall Street Journal“de plus en plus de gens se demandent si François Hollande fait assez pour redresser l’économie”. Une situation qui expliquerait la baisse de popularité du Président dans les sondages. Comment relancer alors l’économie dans un pays qui  “a déjà la réputation d’être un lieu très cher pour faire du business ?” se demande pour sa part le New York Times dans un article peu flatteur sur l’état de l’économie francaise. Le Seattle Times offre, lui, une réponse bien connue: “La flexibilité du marché de travail est un domaine qui pourrait être réforméLes employeurs français sont particulièrement réticents à l’idée d’embaucher des jeunes car des lois de travail restrictives rendent très difficile le licenciement de nouveaux employés”.

Pour évoquer le malaise économique français, le Washington Post se penche sur l’occupation de l’usine Fralib, une filiale d’Unilever qui produit les thés et infusions de la marque Elephant, par les ouvriers. Les premières lignes du reportage donnent la couleur : « Des images de Che Guevara sont suspendus aux murs » de l’usine, note le journaliste. Et de citer un responsable syndical : « Cela fait partie de la lutte des classes », dit-il à propos de l’occupation. « Il y a péril rouge en la demeure France ! » aurait pu écrire le journaliste.

Selon le journal, cette querelle “illustre le combat économique national” et montre “combien il est difficile pour les entreprises de licencier” en France. Cela fait depuis septembre 2010 que syndicats et patronats s’affrontent sur la mise en place de mesures hire and fire au sein de l’usine. Face aux menaces de fermeture, les ouvriers ont pris le contrôle de l’entreprise, qui fonctionne désormais en coopérative. Le Washington Post donne la parole au patron de l’entreprise, dépité : « Cela montre comment les syndicats qui connaissent la loi et qui savent comment obtenir du soutien politique peuvent prolonger un conflit. C’est une caricature de ce qui peut se produire en France ».

Aujourd’hui, le syndicat demande à Unilever de céder les droits de la marque aux travailleurs. Une position soutenue par M. Hollande lors d’un déplacement de campagne à Fralib. Cette idée pourrait être réalisée si la loi le permettait. The Washington Post cite Paul Polman, président-directeur général d’Unilever: “A Cuba et en Corée du Nord, les marques ne sont pas protégées. Je ne suis pas sûr que ces pays en bénéficient économiquement. Si la France ne respecte pas ses lois, cela pourrait poser un risque pour les investissements en France ».

Un peu de morale dans ce monde de brutes

Pour terminer cette revue de presse, gros plan sur un article paru dans le New York Times. Robert Zaretsky analyse le débat sur la volonté du ministre de l’Education Vincent Peillon d’instituer des cours de morale à l’école. Il qualifie de “bizarre” le fait que ce sont des individus laïcs qui promeuvent ” l’instruction morale, la religion de l’ancien temps, tandis que les croyants sont plus que dubitatifs.”

Entre la comparaison avec Philippe Pétain esquissée par Luc Chatel, les critiques exprimées par Bertrand Delanoë et les applaudissements de Marine Le Pen, la proposition fait débat. Et pourtant, si rien n’en ressort, “cela serait dommage, parce que cela touche un sujet vital pour l’avenir de la République française”, estime le New York Times. M. Peillon demande “à juste titre” si les valeurs de solidarité, de savoir et de dévouement ne sont pas terriblement actuelles, alors dans une société motivée par l’argent, la compétition économique et l’égoïsme. “Avec trois millions de personnes sans travail, une croissance économique près de zéro, emprisonnée entre la nécessité de stimuler la demande et un impératif européen de réduire son déficit, note Robert Zaretsky, la France, maintenant la patrie de cinq millions de musulmans dont la place au sein de la nation est sans cesse discutée, semble en grande partie incapable d’infléchir son destin”.