“Jeff” Clavier, profession: business angel

Il reçoit en baskets, les lunettes de soleil polarisées plantées sur le crâne. “Je suis Américain aujourd’hui“, prévient celui que se fait désormais appeler « Jeff », l’un des plus actifs et influents « Venture Capitalist » (VC) de la Silicon Valley.

Le ton est donné. Jean-François Clavier a quitté la France il y a 12 ans avec femme et enfant. “Un départ sans retour. La France a un problème avec l’argent et le succès“, explique-t-il.

Et c’est justement là la base de son job. Qu’on le nomme « Venture Capitalist », « Business » ou « Super Angel », Jeff Clavier investit dans de jeunes start-up Internet à l’avenir prometteur. “Je reçois entre 2.000 et 3.000 sollicitations par an. Avec mes deux associés, on rencontre les entrepreneurs dont les projets nous semblent les plus intéressants mais au final on n’investit que dans 20 ou 25 sociétés par an.” Son dernier fonds d’investissement, Soft Tech III, lancé l’année dernière, lui permet d’apporter jusqu’à 500.000 dollars par société. Son dernier coup : Fab.com, un site d’e-commerce dédié au design et qui affiche selon lui, la croissance la plus rapide du net.

De l’Hexagone, il ne lui reste plus qu’un léger accent et un penchant pour le bon vin. “En France, je n’aurais jamais eu de telles opportunités“, raconte ce Californien d’adoption. “Lorsque j’ai claqué la porte de ma classe prépa, j’ai tourné le dos à l’élite, je n’étais plus dans la voie royale.” À la place, l’étudiant tourangeau suit des études d’informatique à Jussieu. Il plonge très tôt dans le milieu de la finance, côté technique d’abord, dans une start-up, puis chez Reuters.

Mais le jeune homme n’a qu’une envie : partir. Alors, en juin 2000, lorsqu’on lui propose de prendre la direction du fonds Greenhouse Reuters à San Francisco, il n’hésite pas. A 33 ans, le voilà enfin de l’autre coté de l’Atlantique : “Je me souviens du 1er jour, je n’y comprenais rien, je n’avais pas le langage financier. Et puis, j’ai appris le métier.” Le métier d’investisseur, incontournable dans l’économie de la Silicon Valley sera sa révélation.

En 2004, il démissionne et lance son propre fonds: 250.000$ puisés dans ses économies personnelles et celles de sa femme. “J’ai commencé par perdre 40. 000$ dans la 1ère boite dans laquelle j’ai investi, se souvient-il, heureusement, la seconde, le moteur de recherche Truveo a été racheté par AOL trois mois plus tard, et j’ai multiplié ma mise de départ par 17“. Depuis les succès se sont enchaînés. Il travaille notamment avec Eventbrite, un site d’organisation d’événements et de vente de tickets. Dans son bureau de Palo Alto, à quelques minutes seulement de chez lui, les visiteurs se succèdent. “J’aime rencontrer des gens totalement géniaux ou lunatiques. Hier par exemple, j’ai reçu deux gamins de 19 ans qui pensent avoir inventé un procédé pour imprimer des cellules d’ADN!”

Il dort peu, 5 ou 6h par nuit et reçoit beaucoup. Il a déjà été “pitché” des milliers de fois et investit dans plus de 110 sociétés. « Quelle est l’expérience du fondateur ? Est-ce que l’équipe fonctionne bien ? Est-ce un bon produit ? Quel est le marché ? », sont quelques unes des questions qu’il pose. “Quand on investit dans une start-up naissante, il n’y a pas grand chose alors on a des critères de choix ; mais surtout il faut essayer de savoir si le mec va réussir à construire une boîte qui a du sens“, explique-t-il. En ce moment par exemple, sa préférence va au “cloud” et au e-commerce.

Et ce mois-ci, le businessman a de quoi être fier : quatre “sorties” comme on dit dans le jargon, autrement dit, quatre de ses sociétés viennent de se faire racheter par Google, PayPal ou Time Warner pour un total de 650 millions de dollars.

Infaillible? Il faut le titiller quelques minutes avant d’en savoir un peu plus sur ses échecs. “Ma plus grosse erreur c’est sans aucun doute d’être passé à côté de LinkedIn, finit-il par avouer. Je n’étais pas sûr du marché, je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête ce jour là !