Au fait, pourquoi suis-je aux Etats-Unis?

A propos de l'auteur

Nicolas Serres Cousiné, le life coach des français aux Etats-Unis et à travers le monde.

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Avertissement: Certains éléments de cette chronique ont été modifiés de manière à préserver l’anonymat du client de Nicolas.

L’hiver. La nuit le matin. Le froid. Les murs de neige sale le long des trottoirs. Les flaques d’eau infranchissables. Le ciel sombre, des nuages bas et les piétons qui s’évitent du regard. Corinne, 35 ans, venue me voir d’urgence, ressemble au paysage que New York nous offre de janvier à mars. Triste, grise, perdue, confuse, en manque d’un horizon bleu, dégagé, libre de toutes intempéries.

« Mon histoire débute à San Francisco, il y a déjà dix ans. Émigrer aux États-Unis avec Antoine, mon mari, afin de monter un magasin de vins français était un challenge passionnant pour une jeune femme comme moi qui venait juste de finir des études de commerce ennuyeuses. Contrairement à moi, Antoine a instantanément pris le rythme relax de la Californie alors que débordante d’ambition, je me suis donnée à fond dans notre business. D’une simple boutique perchée sur les hauteurs de Russian Hill, nous sommes vite passés à deux, puis à trois, jusqu’à être propriétaires aujourd’hui de quinze affaires florissantes éparpillées sur le territoire américain ».

Corinne ne tient pas en place sur sa chaise et ne me laisse pas parler. Il est évident que c’est elle qui est la locomotive du couple, je vais devoir lui apprendre à écouter, s’exprimer, et penser différemment.

Qu’attendez-vous de moi ? L’interrompre lui permet de souffler et me donne l’occasion de la recentrer vers son objectif. « J’ai le cafard depuis notre arrivée à New York où nous avons installé le QG de notre société. Je veux être heureuse de nouveau, help ! » Être heureuse n’est que la résultante d’un but, pas un but. Insatisfait par sa réponse, je la presse. Qu’est-ce qui ne va pas ? « Non seulement je ne fais que travailler, mais je ne sais même plus pourquoi, c’est pathétique. Je n’ai plus de vie privée alors que je meurs d’envie d’en avoir une avec mon mari et mes deux enfants, voilà mon souhait le plus cher ». Et qu’est-ce qui vous en empêche ? « Je suis tiraillée entre ma soif de réussir et ma volonté de passer plus de temps avec ma famille. Résultat des courses, je ne fais plus rien de bien et me retrouve telle une idiote à la croisée des chemins, sans savoir quelle direction prendre. Nicolas, aidez-moi, je ne veux plus hésiter, je veux aller de l’avant », je lui souris. Corinne vient d’entrer de plain-pied dans le monde du coaching.

« Comment puis-je être paralysée face à un dilemme si évident à régler ? Je n’ai qu’à passer moins de temps au bureau et le tour est joué ! » Au lieu d’aller dans son sens en lui donnant soit des recettes miraculeuses écrites à l’avance, soit des coups de gueules digne d’un adjudant-chef, je lui pose une question qu’elle ne s’est surement jamais posée de peur d’avoir à y répondre: quel est l’obstacle principal entre elle et son but ? Elle réfléchit un instant puis, le visage un peu moins gris, ose un timide, « Ben, moi ». Il y a en effet une guerre interne entre une Corinne qui veut changer ses priorités et une autre qui lui met systématiquement des bâtons dans les roues. « Comment espérer résoudre mon dilemme si j’accepte d’être ma pire ennemie ? » Touchée par cette découverte, elle se lève d’un bond et déclare, « l’heure de faire la paix avec moi-même a enfin sonné ».

Lors de notre deuxième séance, Corinne se noie dans un laïus interminable où autoflagellation rime avec punition, « mais pourquoi ne puis-je pas changer sans votre aide ? Quel est mon problème ? D’où vient ma peur ? Suis-je la plus nulle de vos clientes ? » Se poser ad vitam aeternam des questions sans réponses est souvent un moyen pour faire du surplace et ne pas affronter sa vérité. Peu désireux de la laisser chouiner trop longtemps, je lui demande de me décrire celle que l’on a appelé sa pire ennemie.

« Elle est une éternelle insatisfaite, à fond dans le devoir et la culpabilité. Elle est terrorisée à l’idée de perdre son pouvoir aux dépens d’une Corinne en contrôle de soi, moins parano et portée par le vouloir ». Éternelle insatisfaite de quoi ? « Elle veut toujours plus d’argent, de succès et surtout de reconnaissance. Elle en veut tellement que ses attentes ne sont jamais comblées ».

Quelle est donc la solution pour que votre pire ennemie se transforme un jour en votre alliée ? Même si Corinne trouve ma question juste et porteuse d’espoir, je vois bien qu’elle peine à y répondre. Malgré les projecteurs qui sont tournés vers elle depuis le début de notre séance, je la sens forte alors j’insiste.

« Arrêtez Nicolas, vous tirez sur un noeud difficile à défaire ! », s’exclame-t-elle nerveusement. Je croise les bras et attends. Elle ferme les yeux et se tait. Son silence ne m’inquiète pas. C’est souvent dans ces moments-là que mes clients en disent le plus. « La solution pour faire la paix entre moi et moi pourrait être de me concentrer sur ce que j’ai au lieu de courir après ce que je n’ai pas encore ou ce que je n’aurais jamais, lâche-t-elle enfin, cela serait ma façon de vivre dans l’instant présent et de rajouter du vouloir à une existence embourbée dans le devoir ». Ce qui est une évidence pour certains d’entre nous est une révélation pour Corinne. Un sourire illumine son visage. Ses doigts agiles relèvent une mèche de ses cheveux bruns. Elle est légère comme l’air. Je la laisse se réjouir de cette nouvelle découverte et lui donne rendez-vous au lundi suivant.

« J’ai un mari aimant, des enfants sains et sympathiques, deux très bonnes amies, une carrière déjà bien accomplie, un bel appartement dans une ville où je me sens libre, une famille en France sur qui je peux compter, mais qu’est-ce qui m’a pris de ne pas apprécier ce que j’ai et de me faire la guerre à chaque fois que je m’égarais du chemin du devoir ! »

Au fil des semaines, et à son rythme, Corinne s’est aperçue du terrible déséquilibre qui la définissait et s’aidant de ma présence et de l’effet miroir que je lui ai sans cesse renvoyé, elle s’est mise au travail pour privilégier ce qu’elle veut faire au lieu de ce qu’elle doit faire. Et ceci non pas qu’en pensée mais aussi, et surtout, dans la vie quotidienne, que cela soit sur un sujet aussi bénin que de ne pas aller à une soirée parce que cela l’ennuie ou, plus sérieusement, de refuser la proposition alléchante d’un fournisseur rêvant de lancer avec elle une chaine de magasins de vins en Amérique du Sud.

À force de pratique, Corinne, remise sur pied, en paix avec elle-même, a re-organisé son emploi du temps, à appris à déléguer certaines tâches professionnelles et s’est rendu compte que le vouloir et le devoir peuvent cohabiter sans problème, tant que l’un ne marche pas sur les pieds de l’autre. « Thank God, it’s friday ! », me texte Corinne un matin, « je reste sous la couette avec Antoine et ce week-end nous allons skier en famille. J’irais bosser lundi midi ! »

 

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