“Je ne viendrai pas ici chercher les exilés fiscaux!”

Je vous ai fait attendre… je ne parle pas des 5 ans”.  François Hollande sait se faire pardonner, avec humour. Et les Français, invités à le rencontrer à l’ambassade de France de Washington, ne lui ont pas reproché ses 25 minutes de retard. “C’est déjà bien qu’il ait pris le temps de nous voir!” estimait Sylvie, venue du nord du Maryland.

Pendant une demi-heure, les 1.500 Français de la région ont écouté leur président, applaudi fréquemment, ri à ses plaisanteries. François Hollande était détendu, visiblement satisfait de son premier tête-à-tête avec Barack Obama, un peu plus tôt dans la journée. “C’était la première fois car j’ai eu un certain nombre de difficultés à rencontrer, avant les élections, des chefs d’État et de gouvernement”, a-t-il plaisanté, suscitant l’hilarité dans la salle.

Syrie, Iran, Afghanistan, changement climatique, mais aussi crise européenne et croissance : le chef de l’État a détaillé tous les sujets abordés avec son homologue américain, sur le ton de la confidence. “Je vous dis tout car il n’y a pas de secret, nous sommes entre citoyens français….”. La proximité séduit.  “Il nous parle comme si on était tous au même niveau, tous partenaires”, s’est réjoui Anne-Lise, de l’Alliance française de Washington.

Des bourses scolaires plutôt que la gratuité des classes

Après les grandes questions nationales, François Hollande a évoqué les thèmes “locaux”. En commençant par le sujet qui fâche: l’accès à l’enseignement français et les frais de scolarité. Et changement de cap, le président souhaite généraliser les bourses “pour permettre une véritable démocratisation de l’enseignement français”. Pas question donc de poursuivre la politique de gratuité des classes de seconde à terminale engagée par son prédécesseur. “Sur quels critères ces bourses seront-elles offertes?” s’inquiète Marie, une mère qui n’a pas scolarisé sa fllle au Lycée Français faute de moyens financiers. “Au mérite? Et si on n’a pas un enfant brillant?”

Sur le sujet très attendu de la fiscalité, François Hollande a assuré qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôts. “Pas de mauvaises nouvelles à attendre. Et je ne viendrai pas chercher, ici, à Washington les exilés fiscaux”. François Hollande semblait assez satisfait de sa tirade et comme pour revenir aux choses sérieuses, il a conclu par un appel patriotique, qui résonne peut-être un peu plus fortement à des milliers de kilomètres de la France. “Nous sommes tous concernés par le rayonnement de notre pays (…) nous devons influencer le reste du monde!”, a-il déclaré – après avoir rappelé, au passage, le devoir de voter aux législatives. “C’était un bon discours, positif”  jugeait Béranger, installé en Virginie depuis 6 ans. “C’était presque un discours… américain”.

Nombre de Français étaient également venus voir la Première Dame de France. Mais Valérie Trierweiler s’est faite discrète, elle n’est pas montée sur l’estrade pour rejoindre le Président, même quand il semblait un peu seul à chanter La Marseillaise face à l’assemblée. Enfin seul, pas longtemps : François Hollande s’est offert un long bain de foule d’une demi-heure, tentant de regagner, tant bien que mal, sa voiture. Ses homologues du G8 l’attendaient à une centaine de kilomètres de là, à Camp David.

Les Français, eux, se sont attardés sur les pelouses de l’ambassade, dans la douceur du soir, un verre de champagne à la main.. Ils ont découvert un président “humain”, “drôle”, “simple” et “différent”. Certains regrettaient même de ne pas l’avoir rencontré plus tôt… avant l’élection présidentielle.