Je veux louer un appartement à New York. C’est un cauchemar.

Capture d'écran du film: Anchorman: The Legend of Ron Burgundy

J’ai fêté en décembre mes deux ans à New York. Deux ans de joie et de découverte, mais aussi deux ans à jongler entre les AirBnB, les sous-locations d’appartements et les “roomates”. Ma première résolution de l’année 2019 fut donc simple: trouver un appartement à louer avec deux amis. 40 jours plus tard, je suis toujours en sous-location. Voici pourquoi.

La recherche et les visites

Par où commencer? C’est la première question que j’ai posée à ma collègue de travail américaine, qui m’a conseillé de consulter les sites streeteasy.com et padmapper.com. Comme à Paris, les sites d’immobilier à New York regorgent d’annonces, et il est difficile d’y voir clair quand on les consulte dans une langue étrangère.

Nous avons coché nos premiers critères de recherche: un appartement “3 bedrooms” jusqu’à 4.500$ par mois, avec “Washer-Dryer In-unit” (équipé d’une machine à laver et d’un sèche-linge), dans les quartiers de Williamsburg, South Williamsburg, East Williamsburg et Greenpoint. Parmi la trentaine de résultats, un grand appartement lumineux situé en plein coeur de Williamsburg attire notre attention. Nous prenons rendez-vous le soir-même. Arrivés sur place, le logement ne dispose en fait que de deux chambres. On nous explique que les propriétaires vont monter une cloison dans la semaine pour en faire un trois chambres. “No, thank you”. En reprenant nos recherches, nous découvrons que ce type de logement est très courant, il y a même un terme pour ça: “flex/converted unit”, où quand les agents immobiliers essaient de vous louer un deux pièces pour le prix d’un trois.

Les quatre appartements visités la semaine suivante sont tout aussi décevants. Les trois premiers sont moins “sexy” que sur les photos: bien plus exigus, bien moins neufs, et bien moins lumineux. Pourquoi? Car certaines annonces présentent en fait des photos “virtually staged”, soit des photos virtuelles ou retouchées, très différentes de la réalité. C’est parfois marqué en fin d’annonce. Le quatrième appartement n’a carrément rien à voir avec l’annonce. L’agent immobilier nous explique que l’appartement qui nous intéresse est déjà loué, mais que celui-là vaut aussi le détour. “Are you kidding me?”

Notre prochaine visite concerne une maison sur trois étages située à East Williamsburg. C’est le logement idéal sur le papier: un grand salon au premier étage, deux chambres à l’écart au deuxième, et une “master bedroom” au troisième. La visite est à la hauteur de nos espérances et le prix raisonnable. L’agent immobilier nous conseille de remplir un “application form”, un dossier de location payant (100$ par locataire) qui retire le logement du marché le temps de vérifier notre solvabilité. Sourire jusqu’aux oreilles, nous discutons autour d’une bière le soir-même de la répartition des chambres, quand nous recevons un e-mail de l’agent immobilier avec ce “form” en pièce-jointe et le montant de sa commission: 3500$. What the f***?! Surpris et déçus, nous ne retrouvons pas de trace de cette commission dans l’annonce, avant de réaliser que si la mention “no broker fee” (pas de commission d’agent) n’est pas précisée, c’est qu’il faut passer à la caisse… Nous voilà de retour à la case départ.

Les “brokers”

Une autre difficulté rencontrée pendant nos recherches concerne les “brokers”. Il s’agit des agents immobiliers représentant une agence ou travaillant à leur compte, chargés de vous présenter des appartements. Avec près de 8.000 “brokers” à New York selon Streeteasy.com, cette profession attire une quantité de gens plus ou moins compétents. N’espérez pas discuter longuement de votre projet et de vos critères de recherche, la plupart essaient de vous emmener directement en visite pour vous convaincre sur place. Lors d’une énième visite pour un appartement à Greenpoint, le “broker” nous avoue qu’il découvre le logement en même temps que nous. Une autre essaiera de nous faire signer un contrat d’exclusivité, alors qu’un troisième ne prendra même pas le peine d’entrer dans l’appartement et nous laissera faire la visite seuls.

La “gross rent” et la “net rent”

Encore un élément à prendre en compte. Certaines annonces mettent en avant une “net rent”. Elle correspond au montant du loyer définitif à payer tous les mois. Pourquoi? Car en échange d’un engagement des locataires sur 12, 16, 18 ou 24 mois, certains propriétaires vous “offrent” un mois de loyer gratuit. La “gross rent” correspond donc à la somme avant remise, la “net rent” à la somme après remise. Alléchant, même s’il faut payer quoiqu’il arrive chaque mois un loyer basé sur la “gross rent”. A titre d’exemple, un des appartements que nous avons visité présentait un bail (ou “lease” en anglais) sur 12 mois à $4.263 net par mois avec le 12ème mois gratuit. Il nous revenait donc à sortir de notre poche 4.650$ par mois pendant onze mois avant d’espérer percevoir ce mois gratuit.

Après ces 40 jours de péripéties immobilières, nous avons songé à enterrer notre projet commun. Finalement, nous continuons nos recherches plus lentement et plus intelligemment. Nous sommes restés en contact avec seulement cinq brokers auxquels nous avons expliqué tous nos critères de recherche. Nous avons insisté sur le fait que nous ne ferions plus de visite sans que tous ces critères soient réunis, et à condition d’avoir reçu des vraies photos ou des vidéos des lieux. Nous relisons chacun notre tour les annonces pour être sûr de ne rien omettre, et nous négocions systématiquement les prix des loyers quand un bien nous intéresse -l’hiver, le marché de l’immobilier est plus calme à New York et certains propriétaires sont prêts à baisser leurs prix. En espérant conclure un “deal” dès que possible…