J’ai traversé l’Atlantique en cargo

Tout le monde rêve d’arriver à New York en bateau!”, s’exclame Marie-France Vassal d’une voix si vive qu’on a l’impression d’entendre une femme de 40 ans (elle en a 70).

Ce rêve, la Française l’a réalisé. Et pas à bord d’un paquebot de rêve, mais en cargo. Ce tourisme pas comme les autres était relativement méconnu avant la parution en 1993 du livre d’Hugo Verlomme, Voyager en Cargo (Ed. des Equateurs, 19€). Du vraquier au roulier, en passant par le porte-conteneurs, l’auteur révèle que plusieurs types de navires de charge peuvent emmener des passagers à l’autre bout du monde.

La pratique reste marginale. “Cette année, on a eu autour de 380 personnes qui ont voyagé par cargo“, révèle Frédéric Sauvadet, directeur de l’agence Mer-et-Voyages, qui organise des voyages sur-mesure pour les individus désireux de voyager en cargo. “Sur le marché français, il y a environ 15 à 20 personnes par mois qui traversent l’Atlantique entre New York et l’Europe“, indique-t-il.“La pratique a évolué, mais peu de compagnies proposent de voyager en cargo. Ce n’est pas une industrie”, poursuit Catalina Da Silva, fondatrice de  l’agence Catalina Cargo Conseil et membre du Club Des Voyageurs en Cargo, un rendez-vous mensuel organisé à Paris par la librairie de voyage Ulysse.

Les raisons qui poussent nos voyageurs à embarquer dans cette aventure alternative sont variées. “A San Francisco, on voit des cargos tout le temps, on s’est dit que ce serait incroyable de voyager sur l’un deux”, racontent Justin Watt et Stéphanie Soleil qui partagent leur histoire sur leurs blogs, ici et ici. Le couple de trentenaires, résidant à San Francisco, a décidé en 2011 de faire le tour du monde et de rentrer aux Etats-Unis comme il en était parti : en cargo.

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Ce que Gilbert Fluckiger, parti de Fos-sur-Mer le 16 juillet dernier avec son père Georges pour arriver à New York le 28, a “surtout aimé, c’est l’activité dans le port (…) la visite du moteur m’a particulièrement intéressé”. 

Sibylle Eschapasse a voulu se rapprocher de l’environnement des marins: “On n’a pas l’habitude de rencontrer des marins, car ils sont souvent en mer”, confie la Française qui raconte son aventure sur son blog. Les passagers sont notamment autorisés à manger avec l’équipage et sont parfois invités dans la cabine de pilotage.

« Thérapeutique »

Pour rejoindre New York en cargo depuis le Havre, il faut compter plus de 1.000 euros (pour un aller simple), environ 10 jours de traversée, et surtout s’y prendre longtemps à l’avance, car les places sont chères sur ces embarcations qui ne prennent pas plus de 12 passagers.

A bord, “on perd la notion du temps et de la distance“, raconte Sibylle Eschapasse. Crochet, yoga, lecture,  scrabble, photographie, peinture: multiples sont les activités praticables sur un cargo. “C’était une sorte de journée introspective que tu remplis avec ce que tu veux, confie Stéphanie Soleil. C’était thérapeutique”, conclut-elle.

Georges Fluckiger, lui, a passé ” des heures à méditer et à regarder la mer”.”J’ai été confronté à moi-même”, ajoute-t-il.

« Il y a un aspect écologique, mais surtout une soif d’ailleurs et d’autre chose”, selon Kevin Griffin, le manager de l’agence Cruise People, organisateur de voyages en cargo depuis dix ans.

« Comme une migrante »

Pour nos aventuriers, l’arrivée aux Etats-Unis est l’apothéose du voyage. “On a réglé une alarme pour voir le soleil se lever sur New York”, racontent Justin Watt et Stéphanie Soleil. Sybille Eschapasse raconte que, “depuis le début, je voulais m’installer à New York et arriver en cargo comme une ancienne migrante”. Salvatrice Castellano, originaire de Savoie et ayant voyagé sur le même cargo que les Fluckiger a même eu l’impression de renouer avec “ses racines italiennes”. 

Ces migrants, Georges Fluckiger s’en est également rapproché pendant ce voyage. “Je rêvais de traverser l’Atlantique car c’est magique de faire ce que nos ancêtres ont accompli avec tant de peur et d’excitation.” Pour son fils Gilbert, l’arrivée à New York était “moins spectaculaire” qu’il ne le pensait. “J’étais content de quitter New York, ce n’est pas une ville que j’apprécie, raconte-t-il. Moi, ce que je voulais, c’était y aller en cargo”. 

Crédit Photo: Sibylle Eschapasse, Marie-France Vassal, Justin Watt, Flickr.

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