Inquiétudes autour du futur du J-1 sous Donald Trump

On n’a jamais vu ça“. “Ça“, pour Phil Simon, responsable des programmes d’échanges professionnels à la CIEE, c’est la remise en cause des programmes J-1 telle que l’envisagerait l’administration Trump.

Depuis quelques jours, les organismes impliqués dans les voyages culturels comme la CIEE sont vent debout après la révélation du Wall Street Journal selon laquelle l’administration Trump envisageait de réduire plusieurs programmes de visiteurs d’échanges. Programmes qui permettent de faire venir pour une période limitée et dans des conditions variables des jeunes qui veulent vivre une expérience académique, culturelle ou professionnelle aux Etats-Unis.

Selon le journal, plusieurs populations sont concernées: les travailleurs d’été (ou bénéficiaires du “summer work travel”), les au pair, les conseillers de camp de vacances, enfin les stagiaires et les apprentis qui viennent se former aux Etats-Unis.

Le Département d’Etat se refuse à tout commentaire, signalant seulement qu’il “continue à mettre en oeuvre les programmes J-1 aux mêmes niveaux que les années passées” et reconnait “le soutien” des entreprises américaines à ces programmes. Mais la menace a été jugée assez sérieuse pour qu’une commission du Sénat décide d’adopter un amendement, le 7 septembre, rendant toute modification de ces programmes plus difficile. “Nous n’avons pas beaucoup de détails sur ce qui est en train de se passer. Nous passons beaucoup de temps à parler à des parlementaires à DC et à nos partenaires à l’international, et nous les encourageons à défendre publiquement ce programme“, explique Phil Simon, de la CIEE (Council on International Educational Exchange), le plus grand sponsor de visas J-1 aux Etats-Unis.

Les programmes d’échanges ont été institués pendant l’après-guerre pour développer une diplomatie de “peuple-à-peuple” destinée à consolider les liens entre les pays. Ces programmes se sont étoffés au fil des décennies et concernent aujourd’hui 300.000 personnes de 200 pays différents, selon les données du Département d’Etat. Plusieurs milliers de Français profitent chaque année des programmes J-1, en particulier pour faire un stage. Ils sont plus de 4.400 dans ces deux cas, selon la CIEE. “Ces programmes ont toujours été soutenus par les deux partis et par les différentes administrations depuis leur création“, insiste Ilir Zherka, président d’Alliance for International Exchange, un groupe qui rassemble des organisations impliquées dans les échanges culturel et éducatifs internationaux.

La révision J-1 découle du décret “Buy American Hire American” signé par le président Trump en avril pour favoriser l’emploi de travailleurs américains et stimuler l’économie. La Maison-Blanche accuse ses programmes J-1 d’encourager le recrutement d’une main d’oeuvre étrangère bon marché pour des emplois qui pourraient être occupés par des Américains. Le candidat Trump n’avait pas caché son intention de revenir sur les visas comme le H-1B, décrit par le républicain – et par Bernie Sanders aussi – comme un outil utilisé par les entreprises pour employer des travailleurs étrangers moins coûteux au détriment des travailleurs américains.

Les défenseurs du J-1 affirment que les jeunes internationaux qui viennent aux Etats-Unis à travers ces programmes ne prennent pas la place d’Américains. Ils pointent notamment à une étude qui montre que les bénéficiaires du “summer work program” sont généralement embauchés dans des zones faiblement peuplées qui manquent de main d’oeuvre. “En réalité, ils contribuent à soutenir l’économie américaine. En 2016, ils ont injecté plus de 500 millions de dollars à travers leurs dépenses, notamment pour se loger. Les arguments contre ces programmes ne sont pas enracinés dans les faits“, regrette Ilir Zherka.

En attendant, l’organisation a développé “une approche sur plusieurs fronts” auprès de ses membres, du gouvernement et des élus au Congrès pour les “intervenir” sur les discussions en cours. Elle n’est pas la seule. Plusieurs organisations d’au pair se sont lancées dans la bataille pour sauver le J-1, comme Cultural Care Au pair qui a mis en ligne une pétition sur le site change.org. Plusieurs parlementaires des deux partis ont adressé, début août, une lettre au Secrétaire d’Etat Rex Tillerson pour soutenir le programme “travail d’été”.