Les Français de San Francisco face à la flambée des loyers

La fièvre des loyers anime les conversations en ville, notamment chez les expatriés francophones. Des bons plans pour se loger pas cher? N’y pensez pas!

Nous sommes arrivés en 2010“, se souvient Frédéric M., chef de produit dans une start-up, “et nous pouvions louer une chambre en colocation dans un bâtiment plutôt agréable pour $1,250. Là, nous avons un enfant et le loyer s’élève à trois mille pour une chambre dans le centre de la ville.

Quand Chuck Post est devenu agent immobilier à San Francisco – il y a quatre ans -, il fallait “offrir des réductions ou des avantages comme le premier mois gratuit ou une place de parking“. Ces jours sont révolus. RealFacts a mesuré à $3,096 le loyer moyen dans la ville: deux fois celui du pourtant très proche Contra Costa.

Un appartement ne tient pas la semaine sur Craigslist, alors j’ai passé des jours entiers à appuyer sur F5 et contacter les propriétaires, comme s’il fallait montrer patte blanche“, nous explique Nathalie V., fraîche expatriée du Nord. “Je pensais que Paris détenait le record des loyers chers. Je me suis demandée si nous allions pouvoir rester dans la région. Le plus frustrant au fond? Nous n’avons pas de credit score, nous venons d’arriver. Du coup, la recherche est encore plus ardue.

Les raisons de la flambée immobilière s’expliquent tant par le succès de l’industrie technologique que par “des dizaines d’années de sous-investissement immobilier pour accueillir les nouveaux arrivants“, selon Gabriel Metcalf, directeur du think-tank “San Francisco Planning and Urban Research”. Pour lui, la ville est en pleine “crise d’accessibilité“. En un an, les loyers ont augmenté entre 11 et 21% par rapport à 2012, une augmentation inédite et isolée aux Etats-Unis. Elle dépasse désormais l’indétrônable Manhattan.

La solution immédiate était de se diriger vers l’East Bay, mais nous avons trouvé in extremis un bien en attente de relocation. Un coup de bol!“, confie Nathalie. Désormais, le couple occupe un appartement de 60 m2 dans le quartier de Pacific Heights. “$2,800, pas le grand luxe“, précise-t-elle, puis sourit: “sans parking.” Grégory Colin débarque de Bruxelles: “C’est hallucinant! Et tout le monde trouve cela dingue, mais normal. Les propriétaires vous expliquent que le salaire moyen dépasse largement 80.000 ou 100.000 par an dans l’industrie du web. Pas le moindre regret à vous faire visiter un appartement d’une chambre sans la moindre vue.” Solution pour les moins nantis?  S’éloigner en direction de la toute proche (mais sulfureuse) Oakland, San Jose à une heure au Sud ou plus loin encore dans l’East Bay.

Curbed s’est demandé ce qu’il était possible de louer à San Francisco pour la (pourtant coquette) somme de $4,200? Réponse: un deux chambres dans le quartier de Mission. Attention: cuisine sans fenêtre. Pour le parking et les animaux domestiques, un petit supplément est de rigueur. Dans Sunset, on trouvera un 3 chambres au dernier étage d’un immeuble, doté d’une cuisine et d’appareils électro-ménagers pour le moins datés, parking non compris. Le même site a publié le 25 octobre dernier une photo de ce qui pourrait être le plus petit appartement disponible à San Francisco. Il mesure 31 m2 et coûte $1,495 par mois. Sa localisation peut toutefois refroidir: il est situé au coeur du quartier Tenderloin, l’un des derniers points chauds de la Ville.  Son propriétaire l’a jugé “large“, comprenez “spacieux”. Il aurait tort de se priver d’un brin d’humour, en effet.

Photo: SFExaminer