Humour américain vs humour français: la peur du bide

L’humour est-il traduisible? Quand on pose la question au jeune humoriste français Michael Sehn, qui vit à New York, sa réponse est tranchée. “Je ne veux pas être tout noir, tout blanc mais si je devais répondre je dirais ‘non’, ce n’est pas traduisible. C’est avant tout culturel.”

Si Michael Sehn est aussi catégorique, c’est qu’il en a fait les frais à ses débuts : “Quand je suis arrivé, j’étais déjà comédien à Paris et j’ai débarqué ici avec mes meilleures vannes françaises en me disant si ça marche en France, ça marchera ici. Donc je les prends, je les traduis, je monte sur scène et là… le bide.”

Un comédien français qui joue en anglais ou un comédien américain qui joue en français peuvent-ils faire rire de la même manière que s’ils jouaient devant un public de leur nationalité? De mémoire de Français des Etats-Unis, aucun comédien français de renom n’est parvenu à percer sur la scène comique américaine. Gad Elmaleh sera peut-être le premier, en jouant son premier show 100% en anglais dans plusieurs villes des Etats-Unis. Il commence par New York ce vendredi 25 septembre.

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Pour affiner ses blagues, il peut compter sur son amitié avec Jerry Seinfeld mais aussi sur les conseils de l’Américain Dan Naturman. Dans le domaine de l’humour franco-américain de 45 ans, ce dernier sait de quoi il parle.

Ce showman new-yorkais a appris le français et fait des spectacles dans la langue de Molière en France et au Québec. Il raconte dans ses sketches que lorsqu’il invite une fille dans un restaurant français aux Etats-Unis, il commande ses plats en français pour impressionner sa cavalière. Il demande aussi au serveur de ne pas lui servir l’assiette qu’elle demande si celle-ci dépasse les 20 dollars. Et de mettre du GHB dans son verre…

De petites choses

Selon lui, toutes les blagues ne peuvent pas être traduites : “Il y a des jeux de mots que l’on ne peut pas traduire. Il y a des références culturelles que l’on ne peut pas traduire. Si je parle, par exemple, d’une célébrité américaine qui n’est pas connue en France, je ne peux pas traduire la blague. Ou alors, il me faut changer de célébrité et adapter mon discours. Je parlerais de Gérard Depardieu au lieu de Ben Affleck.”

Pour faire de l’humour en anglais, il faut bien connaitre la mentalité américaine. Pour Pascal Escriout, ancien rugbyman reconverti en restaurateur et en comique, il est essentiel de savoir à qui on s’adresse et de quoi on parle pour faire rire en anglais.

Parfois, il ne suffit pas de grand chose. “Si tu prends une blague belge, les Américains ne vont pas rire. En revanche, si tu fais la même avec des Porto-ricains… La base de la joke est la même mais il faut changer des petits trucs”.

Pour Michael Sehn, “les Américains sont vachement plus 1er degré et, en France, on est vachement plus 2nd degré. On est plus dans l’ironie et eux pas du tout.”

Ironie

Pascal Escriout s’est fait la même réflexion. “Les Américain avalent tout ce qu’on leur dit. Je raconte des blagues plus grosses que moi et ils ne comprennent pas. Ils sont très premier degré. Plus tu racontes des conneries énormes, plus ils te croient”. Selon lui, ils sont aussi très amateurs de clichés : “Le french lover, le Français avec son béret… moi je croise plein de Mexicains, j’en ai pas vu un seul avec un sombrero”. 

Simplifier les blagues, mais aussi simplifier les personnages. “Quand tu commences à faire deux personnages sur scène, ce n’est pas qu’ils ne comprennent pas mais ils ne sont pas habitués” , avance Michael Sehn. A son arrivée à New York, le jeune homme est allé travailler avec une coach dans un groupe d’humoristes : “On se racontait nos vannes trouvées la veille. Quand c’était les Américains, tout le monde rigolait et moi, seul Français, je ne trouvais ça pas drôle. Et vice versa, je faisais des blagues qu’ils ne trouvaient pas drôles du tout… de grands moments de solitude.”

Sexe

Selon lui, il y a heureusement des sujets qui sont fédérateurs à l’international. Le sexe, par exemple: “Ici on a l’avantage d’être étranger, alors si tu dis des trucs de cul, il sont moins choqués parce ce qu’on est français, ça nous donne une certaine légitimité.”

Pascal Escriout est plus modéré concernant les blagues grivoises. Pour lui, c’est un sujet qui marche mais il faut faire très attention à ce qu’on dit : “Le cul oui, mais c’est compliqué par rapport aux femmes… Il ne faut pas être trop goujat car les Américains se vexent vite.” Sa solution du coup? Il teste ses blagues avec une professionnelle qui n’hésite pas à lui dire s’il va trop loin. Mais parfois même avec la plus sophistiquée des blagues, il y a des ratés. C’est comme ça que les humoristes s’améliorent.