A Houston, des maraîchers francophones venus d’Afrique

Pour en savoir plus

Le site de Plant It Forward

Dans la ferme urbaine située à l’angle de Fondren Road et Willowbend Boulevard, au Sud-Ouest de Houston, le jeudi est un jour de récolte. Dans les allées de roquette, haricots, basilic et autres courgettes de Plant It Forward, on s’active. Et les allers-retours avec le petit camion frigorifique de cette association créée il y a deux ans sont incessants.

S’enquérir de la prochaine tâche à accomplir, rappeler de refermer la porte du camion après y avoir déposé son chargement, trouver un sécateur de remplacement… Tous ces échanges ont lieu en français et en kituba, l’une des trois langues du Congo-Brazzaville dont est originaire le responsable de cette exploitation de trois acres (soit 1,2 ha), Constant Ngoula.

C’est là la particularité de cette ferme commercialisant sa production garantie sans pesticides au marché Urban Harvest de Richmond Avenue et par le biais de paniers prépayés, à récupérer sur place les mardis soirs, ou bien au marché le samedi matin : elle n’emploie que des réfugiés africains.

L’exil, un choix par défaut

Constant Ngoula a ainsi fui sa Dolisie natale lors de la guerre civile qui a ravagé le Congo-Brazzaville en 1997. Réfugié au Gabon après s’être caché dans la forêt en compagnie d’un jeune neveu, il aurait pu y faire sa vie. « Entre réfugiés, nous nous sommes regroupés pour créer une exploitation maraîchère, car il n’y avait pas de légumes à Tchibanga. Mais beaucoup d’entre nous étaient encore étudiants et nous ne pouvions pas poursuivre nos études au Gabon. »

Cinq ans après son arrivée au Gabon, dans l’impossibilité de rentrer au Congo où les exilés de la guerre civile recevaient des menaces, Constant Ngoula et ses camarades se sont donc résolus à demander refuge en dehors d’Afrique. « Nous ne pouvions pas vivre sans avenir. »

Premiers à répondre favorablement à la demande du groupe, les Etats-Unis ont toutefois mis deux ans à réaliser le rêve du maraîcher. Mais Constant Ngoula est finalement arrivé à Houston avec sa famille en 2006.

Là, à l’issue d’une rude période d’adaptation, il a d’abord travaillé à la chaîne pour le salaire minimum (7,25$/h). Puis, après avoir suivi des cours d’anglais et une formation ad hoc, comme gardien de nuit (pour 11$/h), tout en suivant des cours de construction et de mécanique au Houston Community College. Avant qu’une opportunité de travail épanouissant se présente enfin il y a deux ans par le biais de Plant It Forward.

Six fermiers à leur compte

L’association met à disposition les terres urbaines qu’on lui donne à des maraîchers réfugiés à Houston qu’elle forme pendant un an aux productions locales en les rémunérant. « Le sol de l’agglomération texane est similaire à celui de Tchibanga, mais au Gabon il n’y a pas d’hiver », explique Constant Ngoula.

Depuis le 1er juin, une première promotion de six fermiers a pris son indépendance financière en exploitant seuls une parcelle louée à Plant It Forward. Tandis qu’un nouveau cycle de formation de dix candidats à l’installation a commencé à l’angle de Fondren Road et Willowbend Boulevard, sous l’œil attentif de Constant Ngoula. « J’ai également le projet de m’installer à terme. Mais j’aime mon travail et je me sens responsable. »

Sur cette base solide, Plant It Forward se prend à rêver du jour où chaque quartier de Houston aura sa ferme de proximité, tandis que les réfugiés en nombre croissant vivront d’un travail gratifiant.

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