Hélène Leroux, profession “doodler” chez Google

@ C Attry. Hélène Leroux en conférence à l'Alliance Française de San Francisco

Vous êtes-vous déjà demandé qui était derrière ces petites illustrations (des “doodles”) qui viennent régulièrement se greffer sur la page d’accueil de Google, en détournant le logo du moteur de recherche ? Nous non plus, jusqu’à ce qu’on rencontre Hélène Leroux. Cette Française de San Francisco est une “doodler”.

Chaque jour, ses dessins, animations ou jeux vidéos, sont vus par des millions d’internautes. Objectif : mettre en avant des évènements positifs pour l’humanité comme des anniversaires artistiques, scientifiques ou de personnalités. « Quand je travaille sur un sujet, je commence par faire des recherches puis je l’interprète selon mon inspiration. Je réalise alors des esquisses qui évoluent avec les retours de mes collaborateurs » explique la jeune femme de 31 ans.

Le processus prend un mois de travail en moyenne pour une simple illustration et pas loin d’un an pour un jeu vidéo ou une animation complexe. « On travaille plutôt en solo mais par exemple pour l’hommage au réalisateur français George Méliès, j’ai collaboré avec une trentaine de personnes pour produire un film en réalité virtuelle » précise l’artiste avant d’ajouter avec passion : « c’est très stimulant de découvrir l’aspect technologique pour raconter des histoires ».

Son style, empreint de poésie, d’humour et de charme, séduit les équipes de Google depuis bientôt quatre ans. Son credo : toucher les gens. « J’essaie d’exprimer les choses avec sensibilité; de faire réfléchir en restant simple et accessible » affirme-t-elle.

Après une école de graphisme (ESAG Penninghen) et d’animation (Gobelins Paris), la dessinatrice n’imaginait pas mettre son talent au service de la star du Web. Pourtant, après un processus d’embauche intense, elle saisit sa chance et devient Doodler. Un travail qui la comble : « je fais de l’art en apprenant chaque jour, en découvrant de nouvelles technologies et en étant polyvalente, un réel plaisir ! ».

Une seule règle : pas de sujet polémique comme les thématiques de politique, de religion ou trop sombres. Pour le reste, c’est carte blanche. « Côté style, je ne me sens pas limitée. Ma contrainte, c’est la taille. J’adore les textures et mes images sont parfois trop lourdes. Les ingénieurs râlent… » explique la designer.

Hélène Leroux est basée à San Francisco avec huit autres doodlers à temps plein. Aidés par des artistes indépendants et des responsables locaux qui fournissent des références culturelles, ils créent près de 500 doodles par an. Seule Française de l’équipe, elle assume sa tendance à traiter les sujets tricolores. « L’anniversaire des Shadocks, Molière… Je me rue dessus ! » s’amuse-t-elle.

Si certains doodles sont diffusés de manière nationale, d’autres le sont à l’international. Une exposition qui n’impressionne pas l’artiste. « J’approche les sujets comme un travail d’illustration lambda, sans penser aux vues » confie-t-elle avec humilité. Surtout, dit-elle, il ne faut pas se laisser intimider par ce que l’on voit. « Les projets en ligne sont aboutis, mais on passe tous par des questionnements et beaucoup de croquis ratés avant ! » Alors à quand un site qui regrouperait les Doodles manqués ?