Hélène Conway-Mouret: “Aucun élève ne sera déscolarisé en raison de la suppression de la PEC”

Entrée au gouvernement à la faveur du “mini-remaniement” ministériel du 21 juin, Hélène Conway-Mouret a quitté le Sénat où elle siégeait depuis septembre dernier pour prendre le portefeuille des Français de l’étranger. Ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, elle doit notamment gérer la suppression de la PEC (prise en charge) dans les Lycées français de l’étranger, qui provoque la grogne des parents. En exclusivité, elle répond aux questions de French Morning sur les dossiers qui l’attendent.

French Morning: La suppression brutale de la PEC (prise en charge de la scolarité des élèves de Seconde à la Terminale scolarisés dans les établissements français de l’étranger) laisse des parents avec une très lourde facture inattendue, à un mois de la rentrée. N’aurait-on pas pu remettre cette suppression à l’année prochaine?

Hélène Conway-Mouret: Ce n’est pas le genre de mesure qui peut s’inscrire dans le temps. Le Président de la République avait promis dans sa campagne la suppression de cette mesure injuste, qui consiste à distribuer de l’argent à des gens qui n’en ont pas besoin. Nous sommes face à des contraintes budgétaires, il fallait agir.

Mais nous ne laisserons pas tomber les familles en difficulté. Les consulats ont reçu instruction de regarder tous les cas. Nous avons contacté toutes les familles pour lesquelles la PEC peut être remplacée par une bourse sur critères sociaux, notamment celles qui avaient touché des bourses les années précédentes. Il n’est pas envisageable que des enfants soient déscolarisés à la suite de cette suppression et nous ferons tout pour que le transfert sur le système des bourses se fasse correctement.

La promesse était aussi que cette suppression de la PEC s’accompagnerait d’une augmentation des bourses, et donc que l’enveloppe globale ne diminuerait pas. Est-ce que ce sera bien le cas?

Laissons les arbitrages budgétaires se faire. Nous verrons en septembre ce qu’il en est.

Beaucoup de socialistes avaient critiqué la création de ce nouveau portefeuille ministériel. Vous y voilà désormais, ça n’était pas une si mauvaise idée?

D’abord Nicolas Sarkozy n’avait créé qu’un secrétariat d’Etat. Moi je suis ministre déléguée, donc je suis à la table du Conseil des ministres tous les mercredis. Surtout, j’ai un décret d’attribution précis, qui détermine que je m’occupe de l’agence de l’enseignement du français à l’étranger, que j’ai autorité sur la Direction des Français de l’étranger et sur le centre de crise du ministère qui s’occupe de leur sécurité. Bref, on est loin de la mission principalement électorale qui était effectivement celle de mes deux prédecesseurs de droite.

Parmi vos attributions, il y a la gestion des postes consulaires. Les relations avec les consulats, les délais notamment pour obtenir des documents, sont source de frustrations pour beaucoup de Français de l’étranger. Comment allez-vous améliorer cela?

Les agents consulaires font un travail admirable, mais il est vrai que les Français, râleurs bien connus, ont parfois des raisons légitimes de se plaindre. Nous allons procéder à une remise à plat complète. La question majeure étant: toutes les missions confiées aux postes consulaires sont-elles utiles? Il est clair que certaines tâches encore traitées manuellement devraient être automatisées, d’autres n’ont peut-être pas à passer par les consulats. Ce qui est sûr c’est que certains délais sont beaucoup trop longs et qu’il faudra les réduire.

En matière d’éducation vous avez dit que vous souhaitiez diversifier l’offre éducative disponible à l’étranger, ne pas dépendre seulement des “lycées français”. Seulement ces “offres alternatives” dépendent d’initiatives privées, ou des autorités locales. Que pouvez-vous vraiment faire?

Nous ne disons pas que nous allons offrir toutes sortes de choses aux Français, mais l’Etat français peut soutenir ce qu’il se fait. Regardez ce qu’il s’est passé avec les programmes Flam (Français langue maternelle, activités de français en dehors des cours, ndlr): les initiatives de parents aux Etats-Unis par exemple ont eu un effet formidable avec des centaines d’enfants qui bénéficient de cet enseignement. L’engagement financier de l’Etat est minime, mais l’effet est gigantesque. Il faut continuer dans cet voie, et soutenir les initiatives locales.

Depuis l’élection, beaucoup de Français de l’étranger s’inquiètent de possibles conséquences fiscales pour eux, par exemple d’une double imposition. Comment lutterez-vous dans ce contexte contre les projets qui continuent d’être évoqués dans votre camp?

D’abord il n’y a jamais eu de projet de double imposition. On a voulu le faire croire pour des raisons politiques. Ce que Jérôme Cahuzac (à l’époque président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, aujourd’hui ministre du Budget) avait proposé, c’est que les familles gagnant plus de 200.000 euros par an paient la différence entre les impôts acquittés dans leur pays de résidence et ce qu’ils auraient payé en France. C’était plutôt une bonne idée, une mesure de justice.