Happn, le Tinder français, séduit New York

Marie Cosnard, le 1er octobre, à New York

“Josh se situe dans un rayon de 250 mètres autour de vous.” Vous l’avez croisé il y a quelques minutes, à proximité de Lexington et de la 23th rue. Un “like” réciproque permettra d’engager une conversation.

Happn, le Tinder français, a débarqué à New York mi-septembre, et fait un carton. A ce jour, 20.000 personnes ont téléchargé l’application dans la ville, selon les chiffres avancés par la start-up parisienne.

Happn se distingue de ses concurrents par l’utilisation intense de la géolocalisation. Sur l’application, on peut voir toutes les personnes qui ont téléchargé Happn autour de soi, dans un rayon resserré. Connaitre l’intersection et le moment où vos téléphones se sont “captés”. Savoir si la personne est toujours dans les parages. Et aussi combien de fois on a croisé le chemin de tel ou tel inconnu au cours des derniers jours.

“Happn a explosé à New York, car c’est une ville où le dating on-line est très développé. Cela coule de source. C’est une ville dense, où les gens marchent beaucoup, et donc rencontrent beaucoup de gens sur leur passage. Aussi, à New York, les gens n’ont pas le temps d’aller à un date avec un inconnu à l’autre bout de la ville pour un résultat incertain. Sur Happn, ils peuvent cibler des personnes qui habitent ou travaillent juste à côté. C’est beaucoup plus facile”, explique Marie Cosnard, chargée des relations média chez Happn, de passage à New York.

Happn se veut donc une alternative à Tinder plus ancrée dans la vie réelle. “Tinder, il y a un côté gamification de la drague à l’extrême, hot or not, tableau de chasse. Là ce qui est fort, c’est que vous savez que ces inconnus sont à côté, que vous les avez croisés”, poursuit-elle.

D’ailleurs, à l’origine, l’application a été pensée pour permettre de retrouver des personnes dont on aurait aperçu le regard dans la rue ou dans un bus, et qu’on aurait aimé aborder. Un peu comme la rubrique Transports amoureux de Libération, version XXIe siècle. “Sur Happn, il y a un côté romantique. Moins supermarché de la chair fraiche”, ose Marie Cosnard.

Créé à Paris fin 2013, Happn est l’oeuvre de deux jeunes frères français (Fabien et Antony Cohen) et d’un vétéran du web, Didier Rappaport (co-fondateur de Daily Motion). En France et en Europe, l’application s’est répandue comme une trainée de poudre.

“On espère atteindre le milllion d’utilisateurs dans le monde en novembre. Pour l’instant, on est à 700.000, répartis principalement entre la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Allemagne”, affirme Marie Cosnard. Par comparaison, Tinder revendique 10 millions d’utilisateurs. Happn, qui emploie une vingtaine de personnes, est en train de lever des fonds pour continuer son expansion, notamment vers d’autres villes américaines.

Reste que le concept a de quoi faire peur. Et si cet inconnu louche vous piste sur votre trajet quotidien ? Marie Cosnard reconnait que le sujet est sensible. “C’est une réaction que l’on a souvent, même si on a jamais eu de problèmes. C’est pour cela que la géolocalisation ne reste pas trop précise, et qu’on ne peut pas suivre quelqu’un à la trace, car la carte est statique. Et il est toujours possible de bloquer une personne.” Ou de désactiver la géolocalisation sur son téléphone.