Pourquoi Halloween marche-t-il moins en France qu’aux US?

En France, Halloween n’a plus tellement la cote, contrairement aux Etats-Unis. Pourquoi ? C’est la question bête de la semaine.

Les Français boudant Halloween? Cela n’a pas toujours été le cas, pour Adrien Lherm, docteur en Histoire contemporaine à la Sorbonne. En France, Halloween était populaire à la fin des années 1990, avant de péricliter au début des années 2000. “1997 est une date charnière, explique-t-il. Le pays sort de plusieurs années de crise, la croissance reprend et le pouvoir d’achat est plus fort.

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Grands magasins, boulangeries et grandes enseignes s’emparent du phénomène pour doper leurs ventes du mois d’octobre. France Télécom lance même un téléphone mobile orange baptisé “Olaween”. “Il y a de plus une sorte d’engouement, ajoute Adrien Lherm. Halloween est considérée auprès des jeunes comme une fête branchée.

En parallèle, certains, dont les milieux catholiques, dénoncent Halloween comme “une fête superficielle, morbide et commerciale” importée des Etats-Unis. Une critique qui s’est accentuée en 2001 avec le retour de la crise et les tensions franco-américaines au moment de la guerre en Irak, selon l’historien. Pour ses détracteurs, les Etats-Unis ont “perverti” une fête d’origine irlandaise, devenue le symbole de “l’impérialisme américain“.

Halloween n’a été importée aux Etats-Unis qu’à la fin du XIXème siècle par les Irlandais. “La version de l’époque – qui comprenait des processions d’adultes – n’a pas plu aux Américains qui y voyaient une prédisposition au chahut, explique Adrien Lherm. Les éditeurs de journaux ont souhaité réinventer la fête. Entre 1870 et 1880, on assiste à un engouement dans les médias, les journaux et les magazines pour femmes au foyer sur le sujet.

Les adultes sont remplacés par les enfants – “plus contrôlables” -, et le cadre agricole par un environnement urbain. C’est le début des “mischief nights” : les enfants, au lieu de manger des sucreries, jettent des œufs sur les maisons ou placent des seaux d’eau sur le montant des portes… Un comportement auquel mettra fin le fameux “trick or treat” (un bonbon ou un sort) dans les années 1940.

Les Français se plaignent qu’il s’agit d’une fête normalisée, ironise l’historien. En réalité, même si on dit qu’Halloween est une fête traditionnelle, ses pratiques changent sans arrêt.