Gaëtan Bruel, un Conseiller culturel pressé

Gaétan Bruel / crédit: Ian Douglas

Gaëtan Bruel n’a pas perdu son temps. À 30 ans, le Montpelliérain vient de devenir le plus jeune Conseiller culturel des Etats-Unis. Arrivé en septembre à la tête des Services culturels de l’Ambassade de France, chargés de faire promouvoir la culture française sur le territoire américain depuis son siège à New York, il remplace Bénédicte de Montlaur partie diriger le World Monuments Fund (WMF).

J’ai 30 ans mais je travaille depuis 10 ans, raconte-t-il, assis dans son bureau temporaire au Crédit Agricole, où une partie des Services culturels a élu domicile le temps de la rénovation du bâtiment de la 5e Avenue. “A la tête du Service culturel de l’Ambassade, je n’oublie pas que j’ai 30 ans. Je ne cherche pas à me comporter comme quelqu’un qui en aurait 50. J’ai toujours eu la chance d’être accompagné par des personnes présentes depuis longtemps et cela continue aujourd’hui“.

Son parcours à tout de celui d’un premier de la classe: petit boulot chez l’éditeur Grasset à 18 ans, prépa littéraire à Louis-le-Grand, entrée à l’ENS (Ecole Normale Supérieure) et à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) où il travaille sur les violences sonores de la Première Guerre mondiale… Il prend “une série de tangentes” à l’âge de 20 ans. “Je me suis rendu compte que j’étais sur des rails qui ne me correspondaient pas forcément. Je me suis demandé ce que je voulais faire“. En quête de réponses, il s’installe à New York pendant un an pour enseigner le français à l’université Columbia. “J’avais envie de m’évader, j’avais besoin d’air. Mon accent n’était pas meilleur qu’aujourd’hui, mais je me suis senti New-Yorkais au bout de deux semaines“.

De retour en France au lendemain de la présidentielle de 2012, il choisit de postuler au cabinet de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense du nouveau président Francois Hollande, plutôt de commencer ses études à Sciences Po et de finir l’ENS. Il décroche un poste de “plume”, la personne chargée de rédiger les discours du ministre. “Ils ont été assez curieux pour me recevoir et assez fous pour me recruter”, plaisante celui qui a grandi dans une “famille de gauche sans histoire militaire“. S’en suivent deux années riches en expériences: embarquement à bord de sous-marins et d’un avion de chasse, missions dans l’Océan Indien, au large de la Libye et de la Syrie… Parmi ses activités, il crée notamment la mission “cinéma” du ministère de la Défense pour créer des ponts entre l’armée et les professionnels du 7ème art.

A 27 ans, il est à la recherche de nouveaux défis. Renonçant à l’ENS, il devient administrateur de l’Arc de Triomphe et du Panthéon, respectivement les 2eme et 5eme édifices les plus fréquentés du réseau du Centre des monuments nationaux, dit-il. Au Panthéon, dont il se sent proche, il développe des expériences et divers programmes éducatifs destinés à attirer les Parisiens, qui boudaient le monument du Quartier latin. “Le Panthéon est un terrain de jeu magnifique. Il peut sembler ennuyeux notamment pour les Français qui ne le visitent pas, mais il a beaucoup pour plaire et à dire. Peu de gens savent qu’il renferme par exemple la plus grande collection historique de graffiti de la capitale, inscrits depuis le XVIIIe siècle par les Parisiens. On trouve même des dessins érotiques qui datent de la Belle Epoque. Mais il a aussi beaucoup à dire, notamment sur ce qui peut nous rassembler aujourd’hui“.

Après deux années supplémentaires comme conseiller Amériques aux côtés de Jean-Yves Le Drian, devenu ministre des Affaires étrangères entre temps, le voilà donc nommé aux Services culturels, le bras de l’Ambassade de France chargé de développer des programmes culturels, éducatifs, technologiques et scientifiques entre la France et les Etats-Unis. L’administration est constituée de dix bureaux présents dans tout le pays. Ses activités tentaculaires comprennent aussi bien le soutien aux programmes bilingues français-anglais dans les écoles publiques américaines que l’organisation de tournées d’auteurs français aux Etats-Unis, la sélection de certains candidats à l’initiative Make The Planet Great Again d’Emmanuel Macron ou encore la présentation de festivals et de manifestations culturelles liées à la France, comme la très populaire Nuit des Idées.

À New York, son siège abrite la librairie française Albertine, qui organise dès le vendredi 8 novembre l’édition 2019 de son festival annuel Festival Albertine. Cette année, il sera consacré au changement climatique et accueillera notamment l’auteur Bill McKibben et la militante canadienne Noami Klein. (La librairie restera ouverte pendant la rénovation du bâtiment).

Les Services culturels planchent actuellement sur le lancement de nouvelles résidences d’artistes à San Francisco et Marfa au Texas, un échange entre Oakland (Californie) et Saint-Denis et la prochaine Nuit des Idées dans plusieurs villes américaines. “On pourrait penser que les élites américaines, dans le contexte actuel, se rapprochent spontanément de nous, mais c’est loin d’être évident. C’est ça notre défi. Il y a une affection envers la France, mais il faut la travailler. Elle s’ancre dans un passé, une certaine nostalgie. Nous voulons l’ancrer dans l’avenir”, dit-il.

Son ambition: élargir le cercle des Américains francophiles à de “nouveaux publics” dans les milieux des affaires par exemple et en dehors des côtes. “L’amitié entre les deux pays n’est pas née en un jour, ni acquise pour toujours. Elle ne perdurera pas avec force si on ne l’entretient pas. Le fait que des Américains nous aiment ne tombe pas du ciel. La mission que nous donne l’Ambassadeur est ainsi de contribuer à l’émergence des prochaines générations d’Américains francophiles tout en continuant bien sûr de travailler avec nos partenaires d’aujourd’hui“.