Facefeed, un chatroulette de “selfies”

C’est à la fois un fil de “selfies” d’inconnus, un site pour faire des rencontres, et un cruel palmarès de popularité. Facefeed, la nouvelle application mobile (iOS) lancée fin février par le Français Benjamin Broca, permet de faire défiler des photos de personnes au hasard, avec qui l’on peut entrer en contact en privé. Chacun est aussi classé, selon son taux d’interaction avec la communauté.

“L’idée, c’est de permettre des conversations avec des gens très divers. C’est assez casual. Pour le moment, les gens accrochent. En deux semaines, 500 000 selfies ont été envoyées sur Facefeed”, raconte l’ingénieur de 28 ans, qui a installé sa petite start-up, Now Labs, dans un espace de co-working branché du Lower East Side.

Autre originalité : il n’est pas possible de modifier ou reprendre sa photo, envoyée directement sur le fil. “La plupart de ces portrait auraient été effacés. Les gens font parfois de sales têtes, les photos sont cadrées bizarrement. C’est une esthétique très authentique”, assure Benjamin Broca. Et lorsqu’on lui demande si son application n’est pas la proie de dérives en tout genre, à l’instar du site chatroulette, il répond qu’il a eu occasionnellement quelques “problèmes” mais qu’une équipe s’occupe de les endiguer.

Où cette application le mènera ? Comment sera-t-elle monétisée ? Chaque chose en son temps, et Benjamin Broca, avec son allure de hipster à barbe heureux, trace sa route en s’amusant. Coté financement, il a de quoi envisager les prochains mois sereinement. Cet ex-étudiant de Centrale et de Columbia, qui travaillé deux ans dans le trading chez Barclays Capital, à New York, a effectué une levée de fonds de 1 million de dollars en décembre 2013. Pas pour Facefeed, mais pour Context, une application de photo-messaging qu’il a lancée en septembre 2013. Six mois après son lancement, il reconnait que Context marche, mais n’est pas un succès massif. “Par contre, nous avons des utilisateurs bien implantés dans le milieu tech. Mark Zuckerberg  s’est mis dessus, et pas mal de gens de Airbnb”. 

En 2012, Benjamin Broca a aussi créé une autre “app”, Now, celle qui l’a incité à troquer le costume de banquier pour le jean-basket du patron de start-up. Disponible sur iOS, elle permet de découvrir des évènements autour de soi grâce aux données d’Instagram. “Now a bien décollé, j’ai 150 000 téléchargements. Mais je ne vois pas de business model clair pour le moment, il faudrait passer au stade d’après”, glisse-t-il. 

Avec Facefeed, sa petite société, qui compte 4 employés, espère faire le carton attendu. Sinon, Benjamin Broca sortira une autre idée de sa casquette.