Freiné par le coronavirus, le rugby américain poursuit malgré tout son envol

Lino Saunitoga, joueur fidjien des Austin Gilgronis. Crédit photo : Facebook Austin Gilgronis

12 mars 2020. L’épidémie de la Covid-19 sonne la fin de la saison de Major League Rugby et entraîne Mathieu Bastareaud dans sa chute. Recruté en grandes pompes par le club de New York, l’international français est contraint de rentrer en France après seulement un mois de compétition aux Etats-Unis. “Je suis déçu et frustré car j’aurais aimé vivre l’expérience à fond”, explique-t-il alors au Parisien fin avril. “Mais la sécurité des joueurs ou du public n’étant pas assuré, on ne pouvait pas continuer”.

Tout jeune championnat créé en 2018, la MLR comptait sur cette troisième saison et sur la notoriété de joueurs européens comme Mathieu Bastareaud pour se faire un nom dans le sport professionnel américain. Mais ce n’est que partie remise selon Thierry Daupin, l’un des premiers français à avoir cru au développement du rugby aux Etats-Unis en investissant dans le club d’Austin. “La ligue n’avait aucune visibilité, elle a pris la bonne décision en arrêtant la saison. Elle a également su prendre le virage virtuel en organisant à la place une grande compétition E-sports sur Twitch avec les joueurs, qui a attiré plus d’un millions d’internautes. Un vrai succès”. Thierry Daupin a vendu son club l’année dernière dans l’espoir de créer une nouvelle franchise, le RC Miami, un investissement auquel devait participer l’ancien président du RC Toulon Mourad Boudjellal. “Il est sorti du projet mais à part ça, rien n’a changé pour nous. Nous avançons bien, et espérons toujours intégrer la ligue d’ici la saison 2022”.

Preuve que la MLR a su gérer la crise liée au coronavirus, la ligue a payé l’intégralité des salaires des joueurs jusqu’à la fin de la saison qui devait se terminer en juin. “Ça a été une très bonne surprise et un gros soulagement”, raconte Simon Courcoul, joueur français des New England Free jacks. “On pensait que comme beaucoup d’autres ligues de sport, la MLR allait avoir des problèmes financiers, mais non. Ça prouve que les bases sont solides”. Le jeune rugbyman de 24 ans est rentré en France, en attendant la reprise de la saison en février 2021. “Je constate que l’image du championnat a changé ici. Les gens commencent à connaître, à m’en parler. La MLR a gagné en exposition”.

Focalisé sur l’avenir de la ligue, son président George Killebrew a annoncé au début du mois de juin l’intégration de deux nouvelles équipes dès la saison prochaine, les Los Angeles Giltinis et les Dallas Jackals. Le championnat va ainsi passer à 13 franchises et espère accueillir quatre nouvelles équipes d’ici 2022 pour accompagner son développement. “C’est une preuve de plus que la MLR est un vrai attrait pour les investisseurs”, estime Thierry Daupin. La ligue a également organisé sa toute première draft le 13 juin en direct sur internet, avec 24 jeunes d’universités américaines sélectionnés parmi plus de 400 prospects. “C’est un grand jour pour notre ligue. Nous sommes désormais capables d’offrir des plans de carrière aux meilleurs jeunes rugbymans du pays”, adéclaré George Killebrew. Selon le commissioner de la MLR, “beaucoup de championnats dans différents sports sont actuellement en train d’essayer de survivre. Ce n’est pas notre cas. La MLR est en plein essor et en pleine expansion”.

Un développement qui semble faire des jaloux puisqu’un autre championnat de rugby professionnel va voir le jour d’ici 2022 aux Etats-Unis, la National Rugby Football League. Cette nouvelle ligue espère convaincre les fans de football américain avec un championnat prévu d’avril à juillet, soit pendant l’intersaison de NFL. Elle s’est d’ailleurs associée à la NFL Alumni, l’association des anciens joueurs de NFL, pour former des joueurs en reconversion. “Pour l’instant, ça ressemble surtout à un effet d’annonce. Ils avaient déjà lancé un projet qui avait échoué en 2014″, estime Thierry Daupin. “Après, ce sont les Etats-Unis et on sait que la concurrence peut arriver à tout moment”.