François Hollande et le syndrome Jimmy Carter

A propos de l'auteur

 

Charles Kolb est président de la French American Foundation-United States.

De 1997 à 2012, il a présidé le Committe for Economic Development. Il a également été Deputy Assistant for Domestic Policy à la Maison Blanche sous George H.W. Bush (1990-1992).

Les vues exprimées dans cet article sont celles de l’auteur uniquement.

La France va mal : récession, chômage en hausse, déficits structurels persistants… La cote de popularité de François Hollande plafonne sous les 30% et voilà maintenant que les médias américains – parmi eux Maureen Dowd et Roger Cohen, dans le New York Times récemment- éditorialisent sur le sentiment de malaise national français…

Certains reconnaîtront là une forme de fatalisme blasé qui semble inscrite dans l’ADN des Français. Après tout, tout Américain qui a passé quelques temps en France a compris que “pas mal” dans une bouche française exprime le plus grand enthousiasme.

La situation française actuelle rappelle ce que le Royaume-Uni a connu dans les années 1970 sous les gouvernements travaillistes, et ce que les Etats-Unis ont vécu pendant la présidence Jimmy Carter (1977-1981): chômage élevé, grèves et troubles sociaux, et sentiment de voir les institutions de la société civile s’effondrer.

L’arrivée de deux leaders changea le cours des choses : Margaret Thatcher et Ronald Reagan, qui, en faisant bifurquer la trajectoire économique de leurs pays, restorèrent l’optimisme national. Les deux pays se mirent à nouveau à croire en eux-mêmes, et en leur avenir.

Elu sous l’étiquette socialiste, François Hollande ne suivra pas la voie Thatcher-Reagan. On ne lui en demande pas tant. Il suffit qu’il regarde les exemples d’au moins quatre gouvernements de centre-gauche qui ont profondément transformé leurs partis politiques et leurs économies nationales.

L’Anglais Tony Blair a conservé beaucoup du “thatchérisme”, mais a réussi à tempérer l’extrémisme du Parti Travailliste et à le tranformer en un parti du centre plus ouvert au monde de l’entreprise.

Bill Clinton aux Etats-Unis a fait la même chose pour le Parti Démocrate, en faisant la promotion des “business Democrats”, avant de signer des lois importantes sur la liberté du commerce, la réforme de l’aide sociale et les politiques budgétaires. Le tout a abouti en peu de temps à des budgets excédentaires.

Les sociaux-démocrates suédois au milieu des années 1990 ont radicalement réformé leurs politiques d’Etat providence et les Allemands du SPD, sous l’impulsion de Gerhard Schroeder (de 1998 à 2005) ont mis en place les nombreuses réformes qui ont permis la prospérité que connait l’Allemagne aujourd’hui.

Le Président Hollande a connu une première année de mandat des plus agitées. Il n’en reste pas moins un homme brillant et compétent, mais à court de temps. Il lui faut imposer la discipline gouvernementale sans attendre et se concentrer enfin sur les politiques de croissance qui réduiront le chômage et encourageront les investissements. Ces quatre exemples de gouvernements de centre-gauche qui ont mis en oeuvre d’importantes réformes économiques et politiques et ainsi créé les conditions de la croissance, tout en maîtrisant l’inflation et luttant contre le chômage, lui montrent la voie. Surtout, la France ne peut pas continuer à tolérer un chômage des jeunes supérieur à 25%. Le succès sur ce front est essentiel.

Encore récemment, l’Allemagne était “l’homme malade de l’Europe”. Les politiques choisies font la différence. Le changement, c’est possible! Mais se lancer dans des réformes de structure signifie aussi parfois changer son propre parti, et rompre avec le passé.

Jimmy Carter était un président “hors du système”. Il ne s’est jamais imposé à la tête de son propre parti et n’a jamais compris comment faire avancer les choses à Washington. Et évidemment, sa courte présidence a été marquée par le long feuilleton des otages de l’Ambassade américaine en Iran.

François Hollande a su se montrer énergique en matière de politique étrangère. S’il peut parvenir à agir de même sur le front intérieur, nous serons nombreux à applaudir. Ou, à lui dire, selon l’expression française consacrée: “Pas mal, Monsieur le Président”.

A propos de l'auteur

 

Charles Kolb est président de la French American Foundation-United States.

De 1997 à 2012, il a présidé le Committe for Economic Development. Il a également été Deputy Assistant for Domestic Policy à la Maison Blanche sous George H.W. Bush (1990-1992).

Les vues exprimées dans cet article sont celles de l’auteur uniquement.

- Services -