Francisque Savinien révolutionne l’industrie de la course automobile avec Epartrade

Francisque Savinien sur un circuit. /Photo DR

“Je rêvais de devenir Alain Prost, mais c’est resté à l’état de rêve.” Francisque Savinien est un passionné d’automobile et de Formule 1, plus précisément. Il aime se souvenir des nuits où, adolescent, il empruntait la voiture de ses parents pour faire des dérapages. C’est donc tout naturellement qu’il a évolué dans ce domaine, jusqu’à créer Epartrade, “un salon virtuel d’équipements et de services destiné aux professionnels”, il y a deux ans.

Diplômé d’une école de commerce, il a débuté sa carrière dans ce domaine, en travaillant sur le circuit de Magny-Cours (Nièvre). Puis, il rencontre le fondateur de Performance Racing Industry, Steve Lewis, en 1999 sur une course californienne. “Il avait un salon colossal mais avec seulement des Américains.” Il enclenche la seconde et décide de partir aux Etats-Unis afin de développer la branche internationale du salon. “J’ai parcouru le monde à la recherche d’équipements pendant une dizaine d’années”, décrit-il.

Ne pas attendre pour présenter les dernières technologies

C’est alors que “j’ai vu une accélération des technologies avec des sorties de nouveautés tous les jours. Or, les salons professionnels n’ont lieu qu’une fois par an. Je me suis alors posé la question : comment digitaliser cette industrie ?” Ses patrons n’étant pas emballés, il décide de monter sa propre entreprise. Epartrade est née de cette idée, rassemblant les équipementiers de plusieurs salons sur une plateforme en ligne ouverte 24 heures sur 24. “Au lieu d’aller en Angleterre voir un équipementier pour le convaincre de faire un salon, je leur propose un compte sur la plateforme.” Les badges sont alors remplacés par un identifiant et un mot de passe.

Par l’intermédiaire d’Epartrade, les fabricants peuvent directement contacter les acheteurs, et vice-versa. “Dans la tech, on parle de “disruption” : on amène une nouveauté dans l’industrie, mais nous ne sommes pas des pionniers”, dit humblement Francisque Savinien, qui s’est associé à deux anciens collègues, Judy Kean et John Kilroy, dans cette aventure. Ils ont pu autofinancer la start-up.

Outre la présentation des dernières nouveautés, ils voulaient également mettre les acteurs de l’industrie au même niveau. “Les salons traditionnels sont limités par la taille des centres de convention, et ils sont régis par l’ancienneté. Les nouvelles boîtes se retrouvent toujours à exposer dans les couloirs”, détaille ce fan de Michel Vaillant qui met aussi en exergue le coût et la logistique pour participer à ce genre de salons.

Aujourd’hui, Epartrade dénombre 23.500 profils proposant produits et services (tels que du design, des consultants et de l’ingénierie) : 5.000 fournisseurs, 16.000 entreprises de course automobile et 2.500 équipes professionnelles ; dont 300 clients payants. “Beaucoup de contacts créés durant des années nous ont suivis dans Epartrade”.

Il tire son épingle du jeu durant la crise sanitaire

“Avec le Covid-19 et le confinement induit, le trafic sur notre site a explosé. Nous avons pris une autre dimension en raison de l’annulation des salons et de l’arrêt des budgets marketing”, reconnaît l’entrepreneur qui bénéficie d’une absence de concurrence sur le digital.

La plateforme a particulièrement évolué durant cette crise sanitaire. Ainsi, Epartrade organise des webinaires, tous les vendredis, durant lesquels les fabricants présentent leurs nouveautés. Leur succès immédiat pousse Francisque Savinien à aller plus loin : il organisera la Race Industry Week en ligne, du 30 novembre au 4 décembre.

“Aujourd’hui, tous les salons annulés veulent proposer des événements virtuels, mais ça ne fonctionne pas dans notre industrie. A l’inverse des “lives” qui comblent le manque de relations clients-fabricants”, explique le Français.

Autre avantage pris dans la course au succès : la course automobile n’a pas été freinée longtemps par le Covid-19, le marché restant actif. Dès le mois de juillet, les courses reprenaient à huis clos et de manière condensée, et notamment celles de NASCAR (Association nationale des courses de voitures de série), que le Français juge “exemplaires”.