La Française de New York derrière l’appel #BalanceTonPorc

Depuis vendredi ça n’arrête pas. Le téléphone qui sonne, les messages, les demandes d’interviews. Je ne dors plus…“. Sandra Muller était loin d’imaginer que son tweet allait enflammer la toile française.

Cette journaliste française, installée depuis quatre ans à New York d’où elle dirige La Lettre de l’Audiovisuel, a été profondément choquée par l’affaire Weinstein et les témoignages d’actrices agressées. “Il y a eu cette Une du Parisien où quelqu’un disait: ‘à Cannes, tout le monde savait’, ça m’a dégouté“. Quelques heures plus tard, quand une de ses amies lui raconte au téléphone qu’elle aussi a été agressée au travail, Sandra Muller décide de lancer un appel sur twitter, vendredi 13 octobre. Le résultat: “#balancetonporc. toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends“.

A New York, il est 8am. Mais en France, les médias sont en conférence de rédaction et le tweet de Sandra Muller s’affiche sur les téléphones de nombreuses consœurs. En deux jours, les témoignages affluent et plus de 160.000 tweets dénoncent une agression ou une menace à caractère sexuel. France Inter, France Télévisions, presse écrite… Ce sont d’abord beaucoup de journalistes femmes qui brisent la loi du silence. “On pense que c’est un milieu cool, mais c’est loin d’être le cas“, explique Sandra Muller qui elle aussi a désigné quelqu’un: un ancien dirigeant de France 2 et ancien président de la chaîne Equidia qui lui avait déclaré lors du festival de Cannes  «Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit».

Après les journalistes, #balancetonporc a été repris par des femmes d’autres secteurs, qu’elles travaillent dans la banque, dans la vente, la restauration ou les travaux publics. “Je suis contente parce que ça a permis à beaucoup de femmes de dénoncer ce qu’elles ont subi. Ça a brisé l’omerta“.

#Balancetonporc est une formule choc un peu vulgaire“, reconnaît Sandra Muller, tout en assumant complètement. “Il s’agit de personnes qui ne respectent rien ni personne“. Si de très nombreuses femmes ont trouvé une forme de libération à raconter des agressions sur twitter, les critiques ont fleuri, dénonçant la délation. “Je crois que c’est un faux procès, se défend avec véhémence Sandra Muller. Twitter n’est pas une cour de justice mais c’est un outil qui peut servir à révéler des choses. On parle de dénoncer des agressions. Critiquer ces femmes qui osent parler, c’est une nouvelle fois les culpabiliser et faire passer les agresseurs pour des victimes. Je ne pense pas qu’il y ait vraiment des cas de vengeances personnelles“.

Sandra Muller, dépassée par l’ampleur du phénomène, essaie de répondre à celles et ceux qui lui envoient des messages et des témoignages. “C’est dur à porter quand quelqu’un vous raconte un viol ou une agression, je cherche comment les aider, des organisations vers lesquelles les aiguiller“. Parmi les témoignages qu’elle a reçus, Sandra Muller évoque celui d’un homme, agressé par une femme, haut-fonctionnaire.

D’autres hashtag sont apparus sur la toile: #metoo, #moiaussi, qui pointent les “agressions du quotidien” dont les femmes font l’objet: mains baladeuses, frottements dans le métro et commentaires à caractère sexuel dans la rue…

A New York, Sandra Muller a le sourire. Brigitte Macron a suivi la tempête médiatique suscitée par son tweet et s’en est félicitée hier: “La libération de la parole, c’est ce qui peut arriver de mieux. Elles sont très courageuses de le faire et je pousse vraiment à rompre le silence, c’est formidable. Il y a quelque chose qui est en train de se passer, vraiment“.