Pourquoi les Français sont-ils vus comme des bêtes de sexe aux US ?

Romy Schneider et Alain Delon dans "La piscine".

Avouez-le: aux Etats-Unis, on vous a déjà dit que les Français.e.s étaient les meilleurs amant.e.s au monde. Force est de constater que ce postulat, un brin cliché, est pourtant bien imprégné chez les Américains. Pourquoi ? C’est la question bête de la semaine.

Il y a d’abord les chiffres. Une étude de la marque de préservatifs Durex explique que les Français sont la 5e nation – sur les 26 plus peuplées – pour la fréquence des rapports sexuels en 2018. Bref, on est presque champions du monde de la discipline.

Mais l’éducation, la religion et la culture entre aussi en jeu dans cette image, selon Ian Kerner, thérapeute spécialiste des relations et du sexe. “Bien que la France soit un pays à prédominance catholique, le sexe et la religion sont déconnectés, alors qu’aux États-Unis, nous avons une honte extrême à propos du sexe, qui provient de nos racines religieuses puritaines”, appuie-t-il.

Cela se reflète également dans le jugement sur la sexualité des autres. Comme l’explique Ian Kerner, “les Français ne jugent pas l’infidélité aussi catégoriquement que nous le faisons ici aux États-Unis”, allusion à l’affaire Monica Lewinsky qui a ébranlé le pays à la fin des années 90. Pour la célèbre thérapeute belge Esther Perel, ce puritanisme se ressent également dans l’appréhension de la sexualité – et ses dérives: “En Amérique, le sexe représente le risque. En Europe, le facteur irresponsabilité est le risque, le sexe est une chose naturelle.”

La manière de voir la sexualité serait également culturelle. Les Français sont dans le monde entier l’incarnation de l’hédonisme et de la gourmandise, de la séduction et du plaisir. “Les Américains ont toujours considéré la France (ou du moins Paris) comme un lieu de libération sexuelle – des écrits de Fitzgerald à Henry Miller en passant par James Salter et les films comme Last Tango in Paris”, ajoute Ian Kerner. Il cite l’exemple de patientes conservatrices sexuellement qui lui ont confié avoir découvert l’orgasme avec un amant français.

A contrario, la fameuse règle du “sexe à partir du troisième rendez-vous” (une référence dans le dating et pas seulement dans les films) codifie et norme les rapports aux Etats-Unis, tuant toute spontanéité. “Les Français se posent moins de questions, le sexe existe pour ce qu’il est, pour le plaisir; et non comme un moyen d’accéder à ses fins (comme le mariage)”, plaide Ian Kerner.

Esther Perel explique la libération sexuelle des Français par la différence de socialisation entre les deux pays. “En France, on croit que l’amitié entre hommes et femmes est possible. Les Américains, eux, n’ont aucune idée de ce que sont l’ambiguïté et la tension sexuelle”, ajoute-t-elle. Elle utilise l’exemple des colonies d’été mixtes en France, où les adolescents se familiarisent avec l’autre sexe. “Les Américains ne se mettent pas en couple jeunes, ils ont des relations sexuelles mais ne vivent pas d’histoire. Il n’y a aucune éducation sexuelle alors que le gouvernement verse des millions pour les campagnes sur l’abstinence.”

Alors que cette réputation de “chauds lapins” trouve nombre d’explications, il reste très subjectif de dire si elle est justifiée. Les Français ne sont pas “techniquement supérieurs” au lit, insiste Esther Perel, mais “ils sont plus à l’aise dans les relations avec l’autre (…) A l’inverse, l’Américain est le Malboro man qui n’a besoin de personne.”