Les Français de Los Angeles pleurent Johnny aussi

Johnny Hallyday dans les rues de Los Angeles

La France pleure “l’Idole des jeunes”. Mais sa ville d’adoption, Los Angeles, aussi.

Avec sa femme Laeticia et ses filles Joy et Jade, ils multipliaient les aller-retours à la Cité des Anges depuis 2010, et s’étaient installés de manière permanente dans le quartier de Pacific Palisades en 2013. Même si le chanteur y menait une vie discrète, loin des projecteurs, les médias français ont su capter ses habitudes, comme ses virées en « hot rod » ou décapotables, la fréquentation du salon de tatouage Shamrock Social Club sur Sunset Boulevard, ainsi que ses dîners au Nobu à Malibu et chez The Little Door à Santa Monica.

La passion de la rock star pour les deux-roues l’avait naturellement orienté vers le garage du Français Serge Bueno, le propriétaire de Heroes Motorcycles à Los Angeles. Les deux hommes se connaissaient déjà, puisqu’ils s’étaient rencontrés lors du rallye “Optic 2000” en 2001, en Tunisie. « Il aimait bien venir me voir pour parler moto, même s’il me disait toujours que le garage était trop loin (de Pacific Palisades), se souvient-il. Il en profitait pour boire du vin et fumer en cachette de Laetitia».

Cheyenne the cow dog of my life 😄

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Craquant pour des bolides ou des tee-shirts vendus par Serge Bueno, Johnny Hallyday avait émis une ultime requête, juste avant son retour en France : que le spécialiste de la restauration de cylindrées construise « la moto de sa vie », une « custom sur une base de Triumph, un modèle très particulier ». Son propriétaire étant parti, Serge Bueno a choisi d’exposer l’engin dans sa boutique sur Melrose avenue. 

Pour Clara-Lisa Kabbaz, un autre intérêt l’unissait à la star. « C’est une histoire d’amitié entre lui et le Lycée Français qui dure depuis plus de 40 ans », explique la présidente de l’école, encore sous le choc de la nouvelle de sa mort. En effet, le rockeur avait passé dix ans à Los Angeles au milieu des années 70, s’y installant avec Sylvie Vartan et leur fils David Hallyday (avec qui Clara-Lisa Kabbaz était en classe) pour se rapprocher des studios d’enregistrement (et s’éloigner de ses ennuis fiscaux).

Alors qu’elle doit gérer l’impact des incendies sur son école, la présidente au cœur brisé prend le temps de rendre hommage à « un homme remarquable par son talent et très humain, un ami loyal pour le Lycée Français ». Ce qui l’a frappée, c’est sa générosité : « il invitait en VIP la direction et le corps enseignant à tous ses concerts (sur le sol américain) ». Il avait également fait don d’une veste dédicacée et de sa guitare préférée lors d’une vente aux enchères pour l’école. Mais, un moment particulier restera gravé dans la mémoire de Clara-Lisa Kabbaz : « Nous avions des séances où les parents partageaient leur métier, il était venu avec sa guitare et avait chanté devant les enfants ».

Elle confirme les informations de la presse people qui le présentait comme un père bienveillant, impliqué dans la vie scolaire de ses filles. En plus de les conduire à l’école, Johnny Hallyday était fidèle aux galas de l’établissement, et se rendait volontiers aux anniversaires des amis de Joy et Jade. « Ce matin (mercredi), les élèves de cinquième pleuraient. Ils préparent des cartes pour sa famille, ils se sont attachés à lui. » Pourtant, amoindri par la maladie, il s’était fait plus absent cette dernière année scolaire. Mais cela n’entachera pas sa mémoire. « On ne va jamais l’oublier », assure Clara-Lisa Kabbaz, qui avoue « je n’imaginais pas à quel point je l’aimais ».

A l’instar de son grand cœur, sa simplicité est glorifiée.“Il était même un peu timide dans la vie de tous les jours », poursuit-elle. « En France, on ne s’imagine pas manger avec Johnny, qui a marqué plusieurs générations. Ici, c’était simple », ajoute Serge Bueno, qui a partagé des dîners avec lui et ses amis (Patrick Bruel, Dany Boon ).« Il n’était pas comme d’autres célébrités, il était très à l’écoute ».

Son humilité a également happé François Truffart, le directeur du festival de cinéma français Colcoa (City of Lights, City of Angels). « Avec Laeticia, ils étaient des habitués du festival depuis 2004. Il était venu pour les avant-premières de deux films de Claude Lelouch dans lesquels il jouait, et par amitié pour Omar Sy, à la première de « Chocolat » l’an passé», se souvient François Truffart, qui « garde le souvenir d’un couple simple et abordable, d’une extrême gentillesse ». « Il était tellement en retrait que j’ai cru, au début, que c’était un sosie ». Pour le directeur, l’histoire de Johnny avec les Etats-Unis était liée à la musique et au cinéma. « Il m’avait parlé de son rêve, tourner avec des réalisateurs de westerns modernes, comme Quentin Tarantino ».