Les Français des Carolines entre désolation et entraide après Florence

Les inondations après le passage de l'ouragan Florence à Wilmington. (Crédit: Nathalie Mermoz)

Cela fait 17 ans que Patricia Morty voit passer les ouragans en Caroline du Nord. Cette fois-ci, elle juge la situation “catastrophique”. Les autorités américaines ont annoncé la mort de 32 personnes mardi 18 septembre à la suite de l’ouragan Florence et des dommages qui pourraient atteindre plusieurs milliards de dollars. La Française et son mari Thierry ont ouvert le restaurant Caprice Bistro à Wilmington, une des villes les plus touchées par l’ouragan.

Nous avons dû fermer notre établissement dès mardi dernier, car la plupart de nos employés avaient évacué la zone”, explique-t-elle. Elle hésite à laisser sa maison et son restaurant, mais son fils, qui habite près de Raleigh (Caroline du Nord), supplie ses parents de le rejoindre chez lui, à deux heures des côtes.

Nous avons calé des sacs de sable afin d’empêcher l’eau de rentrer si le fleuve déborde”, explique-t-elle, le restaurant étant situé à 20 mètres de la rivière Cape Fear. Aux dernières nouvelles, l’eau n’est pas montée jusqu’à la porte, mais la restauratrice suit les informations et a entendu “des annonces disant que le cours d’eau va continuer de s’élargir lundi et mardi”.

La consule honoraire de Caroline du Nord, Marie-Claire Ribeill a vu “un bel élan de solidarité entre Français avec une trentaine de couchages offerts”. Pourtant, l’opération “Solidarité hébergement”, qui vise à mettre des logements à disposition des évacués et sinistrés, a été peu utilisée. “Beaucoup de Français sont restés chez eux car ils ne se voyaient pas à l’hôtel durant deux semaines et n’étaient pas forcément au courant du dispositif mis en place”, se désole-t-elle.

Louise Dossin, son mari et leurs quatre enfants n’ont pas hésité une seule seconde en écoutant les appels d’évacuation du gouverneur de Caroline du Sud. “On est arrivés début août, donc nous n’avons pas encore l’habitude. Nous sommes allés nous réfugier à Atlanta chez des amis”, explique cette nouvelle résidente de Charleston.

Patrice Rombaut, le propriétaire de Breizh Pan Crepes, également basé à Charleston, a décidé de rester. “J’ai mis du scotch sur les vitres, et maintenant, on attend juste que cela passe!”, avait-il expliqué vendredi avant l’ouragan. Finalement, la ville a été épargnée par les inondations. Et pour cause : avec la lenteur de déplacement de l’ouragan, Wilmington a subi 60 cm de précipitations en quelques jours, contre 10 à peine en temps normal.

Selon les services météorologiques, Florence est maintenant rétrogradée en dépression tropicale. Les vents sont en train de dévier vers le nord-est, avec des fortes pluies qui s’infiltrent dans les terrains gorgées d’eau en Caroline du Nord, en Caroline du Sud et dans l’ouest de la Virginie.

Patricia Morty ne sait pas quand elle pourra retourner chez elle, car “Wilmington est une île: ceux qui sont restés sont coincés sur place, et nous, nous sommes coincés à l’extérieur”. Mais ce n’est pas le seul problème. “De nombreuses stations à essence sont à sec”, a-t-elle remarqué, ajoutant que “nous avons assez d’essence pour rentrer, mais si on doit faire un détour par la Virginie, ce ne sera pas possible”.

Elle espère tout de même rentrer d’ici la fin de semaine, bien que qu’il sera déjà trop tard pour sauver les réserves de nourriture de leur restaurant après les coupures d’électricité. “Nous devrons certainement tout jeter à la poubelle”, se lamente-t-elle.

A Charleston, les Français entendent se serrer les coudes. “On ira dans les restaurants et les boutiques gérés par les Français”, a confié Louise Dossin, afin de donner un coup de pouce après l’ouragan.

Patrice Rombaut a rouvert sa crêperie ce dimanche et “quelques Français sont venus apporter leur soutien”. Dans ses calculs, il devra travailler “pendant deux mois avant de remettre les compteurs à zéro” de son chiffre d’affaires, mais “je ne me plains pas”, dit-il, pensant aux restaurateurs de Wilmington. Tout ce qu’il attend maintenant, “c’est le retour des touristes!”.