Ils sont Français, Américains et fous amoureux

Kate McQueston et Tanguy de Bienassis, 30 et 33 ans, font depuis près de trois ans l’expérience de la vie à deux à D.C.

Oubliez La Fayette, Rochambeau ou la Statue de la Liberté. Les vrais symboles des relations franco-américaines, ce sont les couples franco-américains. Des héros du quotidien qui ont su surmonter les galères du “dating”, bravé les visites chez les beaux-parents parlant une langue différente, survécu aux mariages américains qui se terminent tôt ou aux mariages français qui finissent tard.

Quand je dis que mon mari est Français, je pense que mes interlocuteurs sont impressionnés que deux personnes de pays différents peuvent faire vie commune compte-tenu de toutes les choses qui peuvent rendre cela difficile”, reconnaît Diane Vickroy, une Californienne qui a épousé un Français – et qui parle mieux français que les Français. “La France est devenue une partie de mon identité, indépendamment de mon mari. Je suis très fière que nous représentions ce que je pense être le meilleur des deux mondes“.

Charlotte Brelet von Sydow, une Française qui a créé le tumblr Couples Beyond Borders sur les couples franco-américains, a rencontré quinze couples en France et aux Etats-Unis qu’elle a interviewés et dont elle poste les témoignages sur sa plateforme. Faire des généralisations n’a pas de sens. “Pour certains, l’amour dépasse les cultures“, dit-elle, tout en reconnaissant quand même des différences réelles. “Dans le domaine sexuel, une Américaine que j’ai interviewée pensait que le rapport sexuel était un acte de rodéo, alors que les Français sont plus collés-serrés, moins acrobatiques, rit-elle. Par contre, elle a trouvé que les Américains étaient plus romantiques que les Français, qui sont plus machos“.

Mariés depuis septembre 2017, Kate McQueston et Tanguy de Bienassis, 30 et 33 ans, font depuis près de trois ans l’expérience de la vie à deux à D.C. Déjà bien au fait des pratiques américaines de “dating”, le Français n’a pas surpris sa belle lors des premiers rendez-vous, même si elle remarque qu’il semble « plus impliqué » que les Américains qui traitent la chose de façon plus “distanciée“. « Dès le premier date, il m’a dit : “On se voit dans les prochains jours !” »

Mais notre “Frenchy” n’est pas toujours à la hauteur de la réputation nationale. En particulier les 14 février. « Il pense que la Saint-Valentin est une fête capitaliste et factice, alors il ne fait rien de spécial ce jour-là, explique l’Américaine en riant. Il m’a quand même offert une carte la première année, mais depuis, si je n’organise pas quelque chose, on ne fait rien. »

Pour Bruno Yvon, qui a rencontré son épouse Laura à Paris en 2011 par le biais d’amis, la surprise est venue lors du mariage dans le Lot en 2015. Débarquent alors une cinquantaine d’Américains, dont certains visitant la France pour la première fois. A l’occasion de ce D-Day romantique, la Dépêche du Midi a même envoyé un journaliste pour faire un article. “Au moment de la préparation du mariage, la grande différence a été le rehearsal dinner, tradition inconnue en France. Et le brunch du lendemain inconnu aux USA. On a donc décidé de faire les deux!“.

Ce n’est pas la seule différence. “Les mariages américains se terminent tôt alors qu’en France , on fait la fête toute la nuit, souligne Diane Vickroy. On a cherché des lieux en Californie et en France et c’était le jour et la nuit. Aux Etats-Unis, nous devions terminer la soirée à 11pm contre 5am pour la plupart des lieux en France”.

Bastien, pâtissier français de 28 ans basé à Philadelphie, est en couple avec Abbey, une Américaine rencontrée dans un bar parisien lors des vacances de cette dernière. “J’ai toujours adoré les Etats-Unis, j’y ai vécu un an quand j’avais 18 ans. J’avais déjà eu des copines américaines. Mais j’ai été très surpris quand Abbey m’a demandé d’officialiser la relation. Pour moi, c’était évident qu’on était en couple, pas pour elle”. 

Malgré ce flou que connaissent bien tous les Français.e.s en couple avec des Américain.e.s, Bastien est séduit. “Elle était beaucoup plus ouverte, avenante dès le début comparé à mes ex françaises. Elle est beaucoup moins prise de tête, glisse-t-il. Dès le lendemain de notre rencontre, on s’est revus direct. Elle a une vraie spontanéité”. 

Choisir de s’engager avec une personne de nationalité différente s’accompagne de problématiques auxquelles d’autres couples ne sont pas confrontés, notamment la question du choix du pays quand la relation devient sérieuse.

Pour Félicien Cassan et Darrow Carson, en couple depuis quatre ans, la question s’est posée dès le début. “Nous avons parlé très vite de la possibilité de rentrer en France. Je ne me serais pas engagé s’il en était hors de question pour lui”, assure le Français, qui est reconnaissant que son amoureux ait “pris des cours de français dès qu’on s’est rencontrés” (malgré cela, ils parlent anglais ensemble). “Je me voyais prendre ma retraite en France, reprendre un gîte, mais Félicien voulait voir du pays, il me maintient en activité”, ajoute son mari.

FELICIEN DARROW

 

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir trouvé réponse à cette question. Pour Eric, qui a souhaité rester anonyme, la décision de rentrer en France après son mariage avec une Américaine a précipité leur séparation. “Elle avait sous-estimé la difficulté de vivre en France. Elle était souvent confrontée à des stéréotypes négatifs sur les Etats-Unis, avait du mal à se faire des amis… Pour que cela marche, il faut obligatoirement que l’un des deux fasse un choix et décide de quitter son pays“, explique-t-il. Ironiquement, il a rencontré depuis une autre Américaine avec laquelle il envisage de revenir aux Etats-Unis. “L’Amérique a retrouvé mon coeur, sourit-il. On vient de deux pays différents, mais ça rend l’aventure encore plus excitante”.

Propos recueillis par Sandra Cazenave (LA), Rémi Gaggioli (Washington), Céline Bruneau, Maxime Aubin et Alexis Buisson (New York)