“Flanby” entre en guerre

Revue de presse. Fini le temps de la “France molle”. La décision d’intervention au Mali pourrait bien, selon la presse américaine, marquer le tournant décisif du quinquennat pour celui qu’on appelait encore “Flanby” il y a peu.

Vendredi dernier, François Hollande a confirmé l’envoi de troupes françaises au Mali en vue d’enrayer l’expansion islamiste vers le Sud du pays. La menace, d’après le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, “porte non seulement sur les pays africains, mais également sur la France et l’Europe”. L’intervention, pourtant attendue depuis quelque temps, a suscité de vives réactions, principalement de soutien, en Europe et en Afrique. La presse américaine s’est également empressée d’applaudir unanimement la volonté du Président français.

En titrant “Longtemps perçu comme mou, Hollande change d’image en prenant une position ferme“, Steven Erlanger du New York Times expose clairement le changement de perception de la figure présidentielle. Le journaliste note que M. Hollande a démontré cette semaine son “habilité à prendre une décision et à la poursuivre”, insistant sur le fait qu’un Président de la République est, aussi bien en France qu’aux Etats-Unis, “jugé sur sa capacité à prendre des décisions difficiles”. L’opinion américaine, qui décrivait jusqu’alors le Président socialiste comme un “personnage indécis, complaisant” semble apprécier l’intervention française “qui pourrait éclairer décisivement un tournant dans sa présidence”, toujours selon les propos du correspondant à Paris.

Agréablement surpris par le courage du chef d’Etat, les médias américains l’ont été plus encore en constatant l’échec de leur propre pays sur le terrain. “Des avions américains d’espionnage et des drones ont tenté de donner un sens au désordre mais les responsables américains sont encore dans le brouillard, même pour dessiner une image précise de leurs ennemis”, reprochent Adam Nossiter et Eric Schmitt du New York Times. Prêts à apporter leur aide aux troupes françaises, les soldats américains présents au Mali n’ont pas su mener d’opération assez efficace pour stopper l’avancée des terroristes. Les deux journalistes du New York Times félicitent les Français d’avoir réussi à “frapper les militants en première ligne et au plus profond de leur havre de paix”.

Toujours sur le même ton, le Wall Street Journal salue une “intervention bienvenue pendant que les Nations Unies continuent les bavardages”. L’action de la France semble donc avoir un impact plus important que “les têtes pensantes de l’ONU qui ne font rien de plus que parler”  pour “intervenir de manière décisive dans un pays assiégé par Al-Qaïda”, selon le quotidien. Plus encore qu’une décision applaudie, l’intervention militaire est analysée par Edward Cody du Washington Post comme “une rupture par rapport aux efforts des puissances occidentales ces dernières années pour éviter une implication directe sur le terrain dans les conflits étrangers“.

Mariage gay

Le Président français semble décidément avoir bonne presse cette semaine. Il a en effet également été salué par le New York Times pour avoir “abaissé la pression populaire qui le pousse à retirer le projet de loi concernant la légalisation du mariage homosexuel, détournant le débat national vers la politique étrangère”. Le quotidien est également revenu sur les divisions qui accablent la société française sur le sujet, en rappelant que “ la France, qui est une république laïque, reste un pays aux idées inspirées du catholicisme où certains encore vont à l’Eglise“. D’après le journaliste, la persévérance et l’opacité de ce débat relèveraient d’une discordance importante entre la classe politique laïque et les chefs religieux influents. Il explique ainsi que “l’intervention des chefs religieux a provoqué un tollé parmi les gouvernants socialistes“, cherchant à montrer les divergences entre la classe politique et les représentant spirituels.

L’adieu de Depardieu

L’exil en Russie de l’acteur français continue de passionner la presse outre-atlantique. Mardi dernier, le New York Times titrait “Depardieu et le Nouveau Capitalisme”, un article dans lequel l’auteur prenait le contre-pied des critiques adressées jusqu’ici au comédien. Selon lui, “l’acteur n’a pas seulement fui son pays, mais également les valeurs fondamentales occidentales de droits et de libertés non négociables“. Le journaliste assimile la fuite de l’acteur au fonctionnement du capitalisme et l’explique donc comme une décision rationnelle “comme le font des milliers de multinationales en délocalisant leurs usines en Chine“. Il avance donc une comparaison novatrice, en concluant que “la démocratie et les droits ne sont pas bon marché, ce n’est donc pas surprenant que la Russie et la Chine ait un avantage sur leurs compétiteurs occidentaux“.