Faut-il condamner le système français de retraite ?

abaca

A propos de l'auteur

E Grimaud

Emmanuel Grimaud a fondé Maximis Retraite en 2003.

Il est membre fondateur de Génération Eric, Think Tank (Epargne retraite investissement croissance) et Co-Président de la Commission Sociale de Croissance Plus.

A l’heure où la France vit son psychodrame quasi-annuel sur la réforme (ou plutôt l’absence de réforme) des retraites, il est intéressant d’observer la perception du sujet par les Français de l’étranger.

Vu à des milliers de kilomètres, le système français semble à bout de souffle voire proche de la faillite. Les plus libéraux des anglo-saxons y voient de surcroit le paroxysme d’un système étatique, centralisé, bureaucratique … bref « socialiste », peu apte à répondre aux besoins des futurs retraités que seule la « capitalisation » pourrait permettre de gérer efficacement. Cette vision est pourtant très réductrice et fait la part belle aux idées reçues.

La retraite par répartition, si la France était en mesure d’apporter les réponses courageuses et nécessaires que requièrent les évolutions de notre environnement économique, de la démographie et de l’espérance de vie, offre énormément d’avantages : une épargne forcée pour tous, une décorrélation des marchés financiers et de ses soubresauts, un risque de contrepartie diminué, une touche de solidarité, une absence de rémunération des intermédiaires et gestionnaires qui enrichit beaucoup plus les banquiers que les futurs retraités…

Le système français de retraite verse les retraites parmi les plus élevées du monde occidental : 16% du PIB (record mondial), des retraités qui ont un revenu supérieur à celui des actifs et des retraites généreuses (contrairement à l’image véhiculée à dessein par les médias, distributeurs d’épargne et syndicats) qui peuvent monter jusqu’à 10 voire 12.000 euros par mois (pour la partie obligatoire uniquement !).

Un calcul simple montre que la retraite moyenne d’un Français s’élevant à 1.700 euros par mois, un couple dont les deux conjoints auraient travaillé disposerait d’une retraite d’un million d’euros sur la durée de leur retraite. Quel couple de français  au revenu moyen (au sens INSEE) serait il capable d’épargner une telle somme pour financer son train de vie pendant les 25 ans de la retraite, alors que le patrimoine moyen des français s’élève à 150.000 euros ?

On pointe ici l’une des limites importantes du « tout capitalisation » qui suppose que les futurs retraités aient une discipline d’épargne sans faille dès le début de leur carrière et une capacité à placer avec le meilleur ratio risque/rendement. Les crises des dix dernières années nous ont montré à quel point cela est improbable.

Certes les déficits prévus à moyen terme peuvent donner l’impression que le système ne pourra jamais survivre à ces sables mouvants dans lesquels il semble s’enfoncer un peu plus chaque année. Pourtant, force est de constater qu’une diminution des pensions à moyen terme de 10% permettrait de gagner 40 milliards d’euros par an, ou que le décalage à 65 ans de l’âge de la retraite ferait économiser 35 autres milliards annuels…

Impopulaire ? Certes, mais les efforts que la France a imposé au nom du rétablissement de leurs comptes publics aux pays du « Club Med » seront probablement demandés un jour à la France par ses créanciers. Et plus nos dirigeants attendront pour les imposer, plus ils seront douloureux.

Et c’est là le principal drame du système de retraite français : l’incapacité des politiques à prendre les décisions courageuses, connues de tous, qui permettraient de ré-équilibrer enfin les comptes et redonneraient la crédibilité et la confiance que les plus jeunes peuvent difficilement accorder. Michel Rocard avait dès 1991 soulevé les tendances de fond et les enjeux majeurs qui imposaient une rectification du cap. Il faut rendre hommage à la réforme Fillon de 2010 qui a osé briser le tabou de l’âge et porter l’âge minimum à 62 ans.

L’autre handicap majeur du système de retraite français tient à son triste record de rester le plus compliqué du monde avec ses 38 régimes qui co-existent, empilant les régimes de base, complémentaires, supplémentaires, facultatifs et optionnels… Cet empilement historique de chasses jalousement gardées, outre son opacité, le rend particulièrement couteux, peu efficace mais également peu convaincant.

Les études se succèdent (AXA, Accenture, Simul-retraite.fr…) pour confirmer que 4 Français sur 5 n’ont aucune idée de leur situation et de leurs droits en matière de retraite.

Il est donc logique que les Français sous estiment largement leurs droits et ne réalisent qu’arrivés à la retraite que celle-ci est supérieure à leurs attentes.

Les Français de l’étranger ont cette chance (apparente seulement pour beaucoup) de pouvoir, pendant la durée de leur expatriation, se soustraire à ce système perçu à tort comme le plus mauvais. Leur réaction est la même aux quatre coins du monde, ils sont avides d’informations sur le système et l’intérêt qu’ils auraient à cotiser, et dans plus de 99% des cas, repoussés par sa complexité, sa mauvaise réputation et l’impossibilité de mesurer les résultat de leur éventuelle adhésion, décident de s’en éloigner. Quelques années plus tard, dans la dernière ligne droite, beaucoup le regrettent amèrement.

Le système de retraite français gagne à être connu, compris, car il peut offrir des opportunités intéressantes aussi bien qu’il peut être cruel pour les expatriés.

Mesuré et comparé à l’aune de son efficacité et service rendu par rapport à d’autres systèmes, il reste tout à fait intéressant. Il ne reste plus qu’à espérer que nos dirigeants sauront gérer les enjeux comme ils le devraient, à savoir un sujet d’unité nationale, plutôt qu’un sujet de politique politicienne et un argument facile pour gagner des voix aux élections en laissant aux successeurs le loisir de prendre enfin les bonnes mais douloureuses décisions.

A propos de l'auteur

E Grimaud

Emmanuel Grimaud a fondé Maximis Retraite en 2003.

Il est membre fondateur de Génération Eric, Think Tank (Epargne retraite investissement croissance) et Co-Président de la Commission Sociale de Croissance Plus.