Face au “vortex polaire”, des Français du Midwest solides et philosophes

Patrick Bourbon sur son vélo, mercredi, dans les rues de Chicago / Facebook

“Les hivers sont froids d’habitude, mais là c’est quelque chose de rare”. Marie-Christine Pota, Française installée à Minneapolis et employée de l’Alliance Française Minneapolis/St Paul, fait partie des près de 220 millions de personnes concernées par le “vortex polaire”, ce phénomène météo qui plonge depuis plusieurs jours le Midwest dans un froid extrême, parfois en dessous des températures enregistrées en Arctique.

À Minneapolis, “on a frôlé les -45 degrés Fahrenheit (-42,8 degrés Celsius)” en ressenti, selon Marie-Christine Pota, qui vit son deuxième hiver dans le Minnesota. Mais on a eu beaucoup de prévention, on a été avertis de ce froid polaire. Il est surtout très important de se vêtir au maximum, de ne pas laisser d’endroits du corps non-protégés”. Elle prend aussi des précautions. “Je vais démarrer ma voiture toutes les deux heures pour éviter qu’elle ne gèle”.

D’après Patrick Bourbon, comptable français, conseiller consulaire et président depuis 2006 de l’AFFC-UFEC (Association des Français et Francophones de Chicago), “environ 20.000 Français sont concernés par ce vortex polaire dans tout le Midwest”. 

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Il précise aussi que la ville de Chicago a probablement atteint son pic de froid ce mercredi (le centre de Chicago ayant perdu 50 degrés F en une semaine, selon lui), et que les températures vont remonter petit à petit. “On doit s’adapter en fin de compte, ne pas marcher trop longtemps dehors. Il y a d’ailleurs beaucoup moins de personnes qui se déplacent, moins de voitures, confiait-t-il mercredi. Je me suis aussi plus couvert et j’ai même prévu de me rendre à vélo à un rendez-vous. Mais je ne vais pas dépasser les 5 minutes de vélo parce que, après, l’air froid commence à rentrer dans les poumons et crée un impact sur la respiration”, poursuit cet adepte de la petite reine qui la pratique tous les jours depuis près de trente ans.

Les températures extrêmes relevées dans différentes villes du Midwest font froid dans le dos. La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) a rapporté des températures situées entre -21 à -32 degrés F (entre -29 et -35 degrés C) pour la journée de mercredi à l’aéroport Midway de Chicago.

Mais cela n’a pas l’air d’inquiéter Pierre Zimmermann, maître boulanger français à Chicago et propriétaire de La Fournette, qui relativise cet événement météorologique. “Ce n’est pas la première fois que ça arrive ici mais les gens s’arrangent. Nous sommes fermés ce mercredi, on ne livre que les hôtels et les restaurants qui ont passé des commandes. L’activité sur une journée comme ça est complètement ralentie, mais ça se passe dans une ambiance extraordinaire, les gens ne se plaignent pas. Honnêtement, ce n’est pas une mauvaise journée.” Le boulanger, conscient que cette paralysie générale affecte son chiffre d’affaires, sait que la situation est temporaire et qu’un retour à la normale des températures ne devrait pas tarder.

Toujours à Chicago, Jean Joho, patron de plusieurs restaurants aux États-Unis, a dû exceptionnellement fermer mercredi son restaurant de Chicago, Everest, pour garantir la sécurité de son personnel. L’entrepreneur relativise aussi la situation : “On connaît ces situations, on n’est pas habitué à avoir si froid mais on a l’habitude des hivers rudes. La ville est équipée pour la neige et le froid, donc on n’est pas inquiet.” Quant à son business, il se veut compréhensif envers ses employés : “ça fait partie des imprévus, on peut se permettre de fermer une journée de temps en temps dans l’année surtout pour garantir la sécurité des employés, c’est le plus important.” 

Plus à l’ouest, la ville de Minneapolis est également fortement concernée par ce vortex polaire avec des températures ressenties atteignant les -58 degrés F (-50 degrés C) dans la nuit de mardi à mercredi selon la NOAA. Mercredi matin, la température observée était de -38 degrés F (-39 degrés C), ce qui a contraint la Française Aurélie Hyrien, employée à temps partiel dans le commerce et bénévole à Minnesota Accueil, une association chargée de l’accueil des Français du Minnesota, de rester chez elle depuis mardi pour s’occuper de ses enfants. C’est exceptionnel pour le Minnesota, c’est une situation qui n’est pas arrivée depuis 23 ans. C’est descendu très bas en température sur une courte période donc on ne s’inquiète pas. Puis, tout est super organisé. Le gouvernement communique énormément, des informations circulent pour des centres d’accueil pour les sans-abris… Il n’y a pas de panique.

Jean Mallebay-Vacqueur, consul honoraire du Michigan basé au nord de Detroit, a décidé comme beaucoup de rester à la maison mercredi pour travailler. Connaissant également des températures extrêmes, la ville de Detroit a vu certaines de ses écoles et institutions être fermées. “C’est déjà arrivé par ici mais les gens sont organisés et prudents, en général. Cette nuit, il a fait assez froid pour que notre thermomètre extérieur nous abandonne, il est supposé aller jusqu’à -20 degrés C mais là il a cassé”, explique-t-il. Il s’assure que son véhicule est en bon état, avec une batterie chargée et des pneus gonflés. Il n’oublie pas non plus de se munir de couvertures, d’eau et de vêtements chauds dans sa voiture. “Il ne faut surtout pas sous-estimer l’effet de la température sur notre corps”.