Fabrice Grinda, serial entrepreneur

Avant de rencontrer Fabrice Grinda, mieux vaut avoir bien dormi la veille et pris des vitamines. Il faut s’attendre à rencontrer quelqu’un de vif, rapide, curieux de tout et à être bombardé de noms de sites internet. À 36 ans, ce niçois diplômé de Princeton et formé chez McKinsey, dirige sa quatrième entreprise, OLX, un site mondial de petites annonces gratuites qui, selon lui, « a changé la vie de millions de personnes dans le monde ».

Lancé il y a tout juste 5 ans, OLX (à l’origine OnLine eXchange), est directement inspiré de l’américain Craigslist, créé 11 ans plus tôt. « Mais c’est une version améliorée, nouvelle génération » assure Fabrice Grinda. Comme son modèle américain, les petites annonces y sont classées par catégories (immobilier, emploi, autos-motos, produits à vendre, services… ) et répertoriées par pays, régions, villes, et même quartiers. À grand renfort de photos et vidéos, la présentation se veut plus attractive que Craigslist, l’utilisation plus interactive et moins chère car les annonces sont toutes gratuites (OLX se rémunère en publicité et par l’option payante de “mise en avant” des annonces, $2 à $10 selon l’offre et la demande).

Mais la plus grande différence avec Craigslist réside dans l’objectif que s’est fixé, dès le départ, le fondateur: la création d’un site mondial. « On a voulu un lancement dans le plus grand nombre de pays possible, car, avec internet, on ne sait jamais où ça va prendre », remarque-t-il, prenant l’exemple d’Orkut, reseau social de Google. « Orkut est devenu leader au Brésil sans que cela ait été vraiment prévisible. Pour OLX, on savait que ça allait marcher dans les pays en croissance car le placement d’annonce y est très cher, mais on ne savait pas forcément où. » Et ça a très vite pris au Brésil et au Mexique, 2 des 5 pays stratégiques du groupe avec la Russie, l’Inde et le Portugal.

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Fabrice Grinda surveille depuis longtemps tout ce qui se passe sur la toile. Il a pris le virus à l’âge de 10 ans, alors écolier au Lycée français de New York, lorsque ses parents lui offrent son premier ordinateur. Adolescent, il passe ses vacances niçoises fourré dans les magasins de matériel informatique – c’est d’ailleurs dans l’un d’eux, à 14 ans, qu’il rencontre William Guillourad, aujourd’hui le VP marketing de OLX. Il est scolarisé en France lorsque naît le Web, au début des années 90. Il s’y intéresse mais se trouve vite absorbé par ses études universitaires à Princeton dont il ressortira Summa Cum Laude. « J’étais avide d’apprendre, j’ai pris tous les cours que l’on m’offrait » se souvient-il. Il y crée sa première société d’export de matériel informatique.

Depuis, Fabrice Grinda a toujours adopté les idées des autres et ne s’en cache pas. « À 20 ans, j’étais un excellent mathématicien mais sans créativité. C’est en observant ceux qui ont réussi avec de nouveaux concepts que j’ai créé mes entreprises ». À 23 ans, il quitte le cabinet de conseil McKinsey où il a appris « à penser, écrire et communiquer business » pour lancer en France la réplique d’eBay, Aucland.fr, vendu 2 ans plus tard, en pleine bulle internet, à Bernard Arnault; à 27 ans ans, il retourne aux États-Unis créer Zingy, entreprise de contenus mobile inspiré du français Kiwee et acheté 3 ans plus tard $80 millions par le japonais ForSide. Enfin à 32 ans, avec son ami Alec Oxenford, un ancien d’Harvard basé à Buenos Aires, il adapte mondialement le concept américain de Craigslist. $10 millions sont levés la première année, $18,5 millions 2 ans plus tard.

« Nous pourrions être rentables – et nous l’avons été – mais nous préférons investir », précise le boss. OLX, qui emploie 170 personnes, est aujourd’hui utilisé dans 90 pays et 40 langues. Avec 150 millions de visiteurs uniques par mois, le site est leader en Amérique latine, en plein essor en Europe de l’Est et en Asie du Sud.  Mais, si l’entreprise reste toujours basée à New York, OLX n’a pas réussi à concurrencer sur son terrain Craigslist, bien ancré dans le paysage communautaire américain avec ses 55 millions de visiteurs uniques par mois. Même chose en France: Leboncoin.fr reste le numéro 1 des sites d’annonces gratuites, malgré le demi-million de dollars investi par OLX.

PDG « 60 heures par semaine », Fabrice Grinda est aussi business angel « 10 heures par semaine » selon son propre décompte. Il a déjà investi dans 55 entreprises, 26 rien que l’année dernière. Il en a revendues 13, dont une à Google, LabPixies. Il investit moins d’argent qu’avant ($50.000 en moyenne) mais dans davantage de projets, au rythme de 2 par mois. Pratiquement tous ses déjeuners sont consacrés à la rencontre de jeunes entrepreneurs en quête de fonds. Fabrice Grinda semble avoir du flair: sur 10 investissements, il estime à 7 le nombre de success stories. La clé du succès selon lui: « la ténacité et le raffinement perpétuel. La réussite, c’est 1% d’amélioration répété des millions de fois ».

Une recette qu’il dit s’appliquer à lui-même, aussi bien dans le business que dans sa vie personnelle. En lisant son blog, on imagine le chemin parcouru par l’étudiant introverti « qui ne savait pas communiquer, surtout avec les filles! » Il y décrit ses idées, ses rencontres, mais également son quotidien. Le tout illustré en 300.000 photos. « A l’avenir, il n’y aura plus de vie privée, donc autant tout rendre public tout de suite! » considère-t-il. Pour autant, Fabrice Grinda a appris à faire le break: il éteint téléphone et écran d’ordinateur le temps de l’interview (90 minutes), ne répond « qu’à quelques emails » le week-end et prend le temps de dîner dans ses restaurants préférés de Manhattan (La Petite Maison et Il Buco) « car, l’important, c’est de rester focus sur le moment présent ». Un challenge pour le French Webman sans cesse en quête d’idées nouvelles.

 

Credit photo: Anthony Behar/Sipa Press