Fabrice Gautier, l’ostéo et kiné des stars du basket, dans la “bulle” de la NBA

Principalement française aux débuts de Fabrice Gautier, sa clientèle est désormais composée de 80% d'Américains. /Credit photo Rae-Vaughn Lucas

Fabrice Gautier fait partie des rares privilégiés à avoir intégré la bulle où se déroule la saison de NBA. L’ostéopathe français a élu domicile, depuis fin juillet, au Walt Disney World Resort d’Orlando (Floride) où se déroulent les playoffs de la ligue de basket nord-américaine.

Et pour cause, il a été sollicité par Rudy Gobert, le pivot des Jazz d’Utah, pour lui dispenser des soins de kinésithérapeute et d’ostéopathe. “On est très peu à y accéder. C’est un mélange entre le village des Jeux olympiques et le Club Med”, compare le quadragénaire, privé de contacts avec l’extérieur tant que l’équipe de son joueur reste qualifiée. Car, exceptionnellement, il travaille en exclusivité pour le basketteur français dans la bulle, dans le respect des règles sanitaires. “Une stratégie qui fonctionne, avec aucun cas de Covid-19 recensé”, remarque-t-il, même s’il souffre de rater les anniversaires et les vacances en famille. En parallèle, sa femme assure la permanence dans leur cabinet de Beverly Hills.

Une reconnaissance par le bouche-à-oreille

Depuis son expatriation à Los Angeles en 1999 pour laquelle il a été appuyé et sponsorisé par le Dr Maurice Levy (le «French Doctor» de Los Angeles), Fabrice Gautier en a fait du chemin, ajoutant la casquette d’ostéopathe à son pedigree de kiné. “Les deux disciplines sont complémentaires, argue-t-il. L’ostéopathe effectue les réglages comme le mécanicien sur une Formule 1 pour que le corps bouge bien. Le kiné va, lui, rééduquer et enseigner comment utiliser son corps.” Un cursus d’autant plus unique que l’ostéopathie, pourtant inventée aux Etats-Unis, est une pratique délaissée sur le sol américain, au profit des chiropracteurs.

Une double compétence qui a particulièrement séduit les athlètes qui représentent une importante partie de la clientèle de cet originaire de la région parisienne. Tout a commencé lorsqu’il a rencontré Ronny Turiaf, après un match des Lakers, via Christophe Carmarans (à l’époque, correspondant pour L’Équipe). Grâce à Turiaf, avec lequel il passe beaucoup de temps, il va côtoyer Tony Parker dès 2005, dont il admire “l’état d’esprit”. Et comme avec Fabrice Gautier, “tout est une histoire de rencontres, d’amitié et de bouche-à-oreille”, c’est Tony Parker qui le recommande pour intégrer le staff de l’Equipe de France de basket, entre 2009 et 2013. Une expérience “extraordinaire” où le collectif va les mener au titre de champion d’Europe. “On a construit une histoire pour gagner”, aime se rappeler ce grand fan de Magic Johnson.

Ce tremplin est décisif pour sa carrière américaine, débutée avec une table Ikéa dans sa cuisine de Los Angeles. Il va ainsi s’occuper de l’équipe féminine de basket française aux Jeux olympiques. Et se faire envoyer nombre de joueurs. “Ca a pris 15 ans, mais maintenant je travaille avec différents athlètes français et américains : de hockey, de baseball, voire des joueurs de foot français qui passent leur été dans la cité des anges.” Son secret : “le bon sens”. “Beaucoup de franchises manquent de confiance en elles, d’humain. J’amène une sensibilité différente.”

Des rêves sportifs et d’entrepr

Plusieurs équipes de basket ont essayé de s’arracher l’ostéopathe. “Mais je préfère garder mon indépendance, travailler avec différents joueurs” comme Joakim Noah dont il admire “les qualités humaines exceptionnelles”, Carmelo Anthony avec qui il partage “une passion pour les vins de Bourgogne”, Boris Diaw, Evan Fournier ou Rudy Gobert. “On écrit nos histoires ensembles, et ils me permettent de voyager.” Une liberté court-circuitée temporairement par l’épidémie de Covid-19, Fabrice Gautier étant désormais dédié à Rudy Gobert.

Cette “nouvelle phase” a d’ailleurs démarré avec ce dernier, testé positif au coronavirus en mars. “Je venais de le voir, j’ai donc passé 15 jours en quarantaine dans ma guest house” se remémore le Français. Puis, tout s’est arrêté. Avec sa femme, ils reprennent l’activité de leur cabinet le 1er juin, bien qu’il ait toujours été considéré comme un “essential business”. “On travaille beaucoup dehors, on espace les rendez-vous entre les patients. Et beaucoup de sportifs que je vois sont testés.”

En attendant que le monde sportif reparte sur les chapeaux de roues, il s’est lancé dans une aventure entrepreneuriale. Partenaire de la marque Waff, des coussins ergonomiques créés en France, il est amené à la développer sur le sol américain. Outre ce projet, il garde encore le rêve de gagner un titre avec un de ses joueurs. “Je suis un peu américain, ironise-t-il. Il y a beaucoup d’objectifs que je veux atteindre.”