Eric Hippeau, l’ange franco-américain de la Silicon Alley

Quelques jours après le rachat de Tumblr par Yahoo pour plus d’un milliard de dollars, les « affaires » se portent bien dans la Silicon Alley. « Cette vente est un signe supplémentaire du dynamisme de la scène tech new-yorkaise », commente Eric Hippeau avec enthousiasme.

Selon le dernier rapport du Center for an Urban Future, la part de New York dans l’ensemble des investissements en capital-risque aux Etats-Unis a plus que doublé en l’espace de dix ans, de 5,3% à 11,4%. Au sein du fonds d’investissements Lerer Venture, Eric Hippeau participe à cette dynamique : il investit des dizaines de millions de dollars dans les startups qui ont fleuri à New York ces dernières années, de l’agrégateur de contenus Buzzfeed au site d’e-commerce Everlane, en passant par le producteur de vidéos NowThisNews (dont il est co-fondateur). « New York est désormais solidement établi comme le deuxième centre des technologies aux Etats-Unis et l’un des plus grands du monde. La ville ne cesse d’attirer de nouveaux entrepreneurs, aussi bien d’autres villes américaines que d’Europe ou d’Asie », se réjouit l’investisseur franco-américain, pour qui cette diversité est un atout considérable pour l’innovation.

Cette diversité, on la retrouve d’ailleurs dans son parcours. Né à Garches, en banlieue parisienne, ce dernier a passé une bonne partie de son enfance à voyager : après la France, la famille déménage ainsi en Suisse, puis en Angleterre. Diplômé du Lycée Français de Londres, Eric Hippeau retourne en France pour étudier à la Sorbonne mais lâche tout deux ans plus tard pour rejoindre ses parents au Brésil. Là-bas, il devient journaliste. Rédacteur en chef à l’âge de 20 ans, il lance aussi la première revue brésilienne dédiée à l’informatique. Une expérience qui lui vaut d’être repéré par le patron du groupe de presse International Data Group. Eric Hippeau est alors nommé vice-président du groupe pour l’Amérique Latine, fonction qu’il occupe jusqu’en 1986, année de son expatriation aux Etats-Unis. Aux USA, il dirige alors plusieurs entreprises dont le groupe de presse familial Ziff Davis. Il intègre ensuite la société holding japonaise SoftBank, et siège au Conseil d’Administration des entreprises dans lesquelles SoftBank investit (Yahoo, notamment). Parmi ces entreprises, le Huffington Post.

En 2009, Eric Hippeau devient PDG du Huffington Post. En un an et demi, il parvient à négocier un rachat par AOL pour la somme faramineuse de 315 millions de dollars – dix fois le montant des revenus du site en 2010. Pour de nombreux experts, cette vente est la preuve que New York est en train de devenir un hub important. Cette évolution a tout à voir avec celle du secteur, commente Eric Hippeau : « Il  y a dix ans, pour tirer avantage des nouvelles technologies, c’est dans la Silicon Valley qu’il fallait être. Les technologies coûtaient alors relativement chères. Aujourd’hui, un simple laptop suffit pour créer une startup. De plus, les infrastructures de l’internet – la plomberie pour ainsi dire – sont en place. L’heure est aujourd’hui aux contenus, aux applications, aux services. Or, qu’il s’agisse des médias, de la publicité, de la finance, du commerce ou de la mode, les New-Yorkais brillent dans de nombreux domaines et c’est ce qui fait notre force dans cette nouvelle ère de l’internet ».

La vente de Tumblr pour 1,1 milliard de dollars résonne comme un bon indicateur dans ce contexte. Mais soulève aussi quelques appréhensions dans une ville durement frappée par l’explosion de la bulle internet au début des années 2000. Eric Hippeau se montre toutefois confiant : « Certes, on ne reconnaît une bulle qu’au moment où elle éclate… Mais je ne pense pas que nous soyons dans ce cas de figure. D’après moi, nous ne sommes qu’au début du règne des services internet ».

Un sentiment partagé par le maire de New York, Michael Bloomberg, qui fait figure d’ambassadeur de la Silicon Alley. On ne compte plus les initiatives de la ville pour attirer de nouvelles entreprises, faire la publicité des startups existantes et former les entrepreneurs de demain. Une stratégie gagnante à en croire les chiffres : le nombre d’emplois dans les entreprises tech new-yorkaises a augmenté de 80% entre 2007 et 2011, selon le New York City Economic Development Corp. Eric Hippeau salue cette politique : « Michael Bloomberg est lui-même un entrepreneur, il sait ce qu’il faut pour faire marcher un business. Je suis un peu inquiet quant à la gouvernance à venir car le prochain maire devrait être un politicien. J’espère que notre futur dirigeant comprendra l’importance de former les jeunes aux nouvelles technologies».