Quand les entrepreneurs français apprennent à parler d’eux…

« C’est difficile de parler de soi, d’être en mode show-off devant tout le monde. Ce n’est pas naturel pour des Français. » Ce mercredi soir, Guillaume Gauthereau ne sait pas bien pourquoi il se retrouve à cette répétition, qui préfigure la soirée du 23 juillet.

Une représentation au cours de laquelle il se produira, en mode stand-up, devant une centaine de personnes. « J’ai fini par accepter car c’est une manière d’essayer un truc nouveau », dit l’ex-patron de la success-story Totsy, qui triture dans ses mains le gobelet qui lui sert de faux micro.

Ce Français fait partie, avec quatre compatriotes installés aux Etats-Unis (Mathieu Nouzareth, Luc Hardy, Sandira Calviac, Thierry Daher) et un Américain (TejPaul), de la prochaine soirée « Stand-Up for Passion ». Une édition tournée spécialement vers la communauté française, organisée au Consulat. Lancées à New York en avril par Arnaud Collery et Serge Ganem, ces rencontres mensuelles font monter sur scène des passionnés de toutes nationalités, à la manière des Ted Talks.

« Chaque intervenant dispose de sept minutes, et parle de ce qui l’a construit, ce qui le rend heureux, ce qui le fait vibrer. Je sélectionne mes intervenants parmi des dizaines de candidats, et je leur demande à tous de venir à deux ou trois répétitions », explique Arnaud Collery, entrepreneur tous azimuts, comédien, auteur et coach spécialisé dans les thérapies du bonheur en entreprise.

Ce soir de répétition, Luc Hardy, président d’un fonds d’investissement en capital-risque, rodait son discours. « Je ne suis pas habitué à ce format. C’est très différent des PowerPoints ! Pour moi, c’est un vrai défi. » Modestement, sans notes, il déroule son parcours. Ou comment ce fils de militaire, devenu banquier puis investisseur, a connu une « épiphanie » lors d’un voyage au Népal. Et mène, parallèlement à son métier, une vie d’explorateur, organise des expéditions dans des dizaines de pays, se passionne pour la photographie et les pôles. Applaudissements dans la petite assistance.

« C’est mieux structuré que la dernière fois, mais il faut que tu te mettes plus en avant ! On dirait que tu minimises tout. Pense que tu es face à des enfants, fais nous rêver », commente Arnaud Collery. « J’ai toujours peur de me vanter, mais je sais que je devrais y aller plus à fond, surtout face à un public d’Américains », acquiesce Luc Hardy.

Guillaume Gauthereau, en short et bracelets ethniques, prend ensuite place sur scène. L’ancien véto raconte sans pudeur comment le faîte de son succès entrepreneurial chez Totsy coïncidait avec une profonde tristesse intérieure. A 38 ans, il a tout quitté, emmenant « 30 choses » avec lui. Il a voyagé pendant un an en Asie et fait du bénévolat pour « se trouver ». Un périple spirituel qui a préfiguré une conversion dans le monde de la nourriture bio et de l’apiculture.

« Aujourd’hui, j’ai 40 ans et je suis heureux », lance-t-il. Discours bouclé, sept minutes pile-poil. « T’étais super, mieux qu’à la précédente répétition », le félicite Arnaud Collery. Reste à assurer le jour J.