En MLS, les footballeurs français entre impatience et solidarité

Nicolas Benezet de retour à l'entraînement à Denver. Crédit photo : Facebook Colorado Rapids

« Mon dernier match officiel remonte à novembre. Je commence à trouver le temps long. » Ancien joueur du Toronto FC, Nicolas Benezet a signé au Colorado Rapids en janvier. Blessé au nez, il n’a pas pu participer aux deux premiers matchs de la saison avec son équipe les 29 février et 7 mars. Le championnat de MLS a été arrêté provisoirement cinq jours plus tard à cause de l’épidémie de COVID-19. « Ça fait plus de deux mois que je suis confiné à Denver. Heureusement, j’ai repris l’entraînement individuel avec mon club la semaine dernière. Ce n’est pas incroyable, mais c’est mieux que rien. »

« Une situation frustrante »

En France, la LFP (Ligue de Football Professionnelle) a d’ores et déjà annoncé la fin de la saison de Ligue 1. Ailleurs, certains championnats ont pu reprendre à huit-clos, comme au Costa Rica le 19 mai et en Allemagne le 16 mai, ou vont reprendre comme en Espagne en juin. Aux Etats-Unis, les chiffres de la COVID-19 restent trop élevés et la situation est trop différente selon les Etats pour envisager un retour du championnat.

Paul Marie est milieu de terrain au San José Earthquakes. Il fait partie de ceux qui n’ont toujours pas repris l’entraînement. « Il y a un lockdown strict depuis deux mois et demi dans la Bay Area. On ne peut pas sortir de chez soi. » Le défenseur de 25 ans tente de garder la forme chez lui. « Le club nous met à disposition un programme hebdomadaire. Je m’entraîne seul les matins et passe du temps avec ma femme l’après-midi. J’ai hâte de reprendre. » Même chose à New York et dans le New Jersey, où les gouverneurs des deux Etats interdisent la réouverture des centres d’entraînements des clubs professionnels. « J’essaie d’avoir une routine, mais je n’ai pas de kiné et de préparateur physique à disposition. Je fais les exercices, mais je ne sais pas si je fais bien les choses », confie Florian Valot, milieu de terrain des New York Red Bulls. Même scénario en Pennsylvanie, qui a poussé le club à investir les locaux de l’équipe de basket des Sixers dans le Delaware. Le retour des joueurs à l’entraînement est possible depuis le 18 mai sur la base du volontariat. « Je n’irai pas. Le foot c’est bien, mais la santé, c’est le plus important », considère le défenseur français Aurélien Collin. « J’ai un pote qui est resté quatorze jours dans le coma à cause du coronavirus. Je pense qu’il faut être patient et attendre que la situation sanitaire s’améliore. »

David Milinkovic a quant à lui repris le chemin de l’entraînement à Vancouver depuis le 12 mai. « On sort par groupe de quatre avec chacun un quart de terrain pour faire des exercices individuels. Les mesures de distanciation sociale sont vraiment respectées », détaille le Français de 26 ans qui a signé en MLS pour relancer sa carrière après un passage raté à Hull City en deuxième division anglaise. « C’est une situation frustrante, d’autant que j’avais bien commencé la saison avec une passe décisive dès mon premier match. » Adrien Regattin a lui aussi repris l’entraînement à Cincinnati après deux mois de confinement loin de sa famille restée à Montpellier. « Ça fait du bien de retoucher le ballon », explique le Franco-marocain de 28 ans. « Je reste toujours positif, mais ma femme et ma fille me manquent. Ça va faire trois mois que je ne les ai pas vues. »

« Le tournoi d’Orlando ? Une prison 5 étoiles »

Ces deux dernières semaines la presse américaine a fait part du projet de la MLS de reprendre la saison par l’organisation d’un tournoi à Orlando cet été. L’événement, à huit-clos, serait étalé sur dix semaines avec des mesures d’hygiène et de sécurité drastiques. The Athletic a révélé le 21 mai les détails envisagés par la ligue. Les 26 équipes seraient attendues d’ici la mi-juin en Floride pour la préparation physique, suivie d’un tournoi avec quatre poules (trois poules de 6, une poule de 8). Les deux meilleures équipes de chaque poule s’affronteraient ensuite dans des matchs à élimination directe.

La tenue de ce tournoi, qui remplacerait donc la saison régulière, est soumis notamment à l’issue des négociations entre la ligue et le syndicat des joueurs, la MLS Players Association. « On nous a dit qu’il y aurait un vote des joueurs concernant le projet », confie Paul Marie. « On n’est pas inquiet pour notre santé. Le problème, c’est que beaucoup de mes co-équipiers ont des enfants. Moi, je suis prêt à jouer, mais si eux ne veulent pas partir si longtemps, je voterai non pour les soutenir. » « 500 joueurs enfermés à Orlando pendant tout l’été, ça ressemble à une prison 5 étoiles », estime Florian Valot. Célibataire, le joueur passé par le PSG ne voit pas de contraintes à partir jouer mais souhaite également soutenir ses co-équipiers : « on ne fait pas un sport individuel, il faut penser à ceux qui ont des familles. » C’est notamment le cas de David Milinkovic, qui vient d’avoir un bébé le 10 mai. « On a tous envie de jouer au football, mais on espère ne pas être séparé de nos proches trop longtemps. »

Des négociations sont actuellement en cours avec la ligue concernant une baisse des salaires. Les joueurs ont refusé une première baisse de 50% en avril, puis de 20% en mai. Un accord entre 7,5 et 10% est maintenant d’actualité, à moins que le projet d’Orlando voit le jour. Dans ce cas, les joueurs garderaient leur salaire plein jusqu’à la fin du tournoi. « Moi je suis pour », lâche Nicolas Benezet. « Mais l’idéal serait de faire une préparation de trois semaines chacun dans son club, et de se rejoindre ensuite tous à Orlando pour un tournoi qui n’excède pas trois semaines. » L’ailier des Colorado Rapids précise qu’il se pliera aux décisions de la ligue. Aurélien Collin croit à un arrêt définitif de la saison. « La ligue souhaite que nous continuons à nous entraîner et nous parle de ce projet d’Orlando, mais je pense que c’est surtout pour qu’on garde la forme et qu’on ne perde pas le moral. »

« Si c’est pour qu’on soit forcé à y aller et que beaucoup de joueurs fassent la gueule, ce n’est pas la peine », affirme de son côté Paul Marie. « Si on y va, ça doit être dans le bon état d’esprit et pour gagner. » Nicolas Benezet et Aurélien Collin estiment que la MLS va rapidement trouver une solution. « La ligue est très bien organisée, je suis sûr que le projet de reprise, à Orlando ou ailleurs, sera cohérent », estime le joueur des Colorado Rapids. « Les Américains sont très forts dans l’organisation et l’adaptabilité », ajoute le joueur de Philadelphie.