En Bourgogne, un morceau du World Trade Center

La réplique du tapis de Windows on the world, au Cellier aux Moines - Crédit photo : J. Piffaut

Qui aurait pu imaginer qu’une pièce centrale du World Trade Center ait été conçue dans un petit atelier de Bourgogne? Sans Philippe Pascal (ci-dessous), cette découverte serait restée un secret bien gardé.

Le chef d’entreprise, ancien directeur de la Sopexa (groupe marketing d’alimentaire et de vin) et New-Yorkais pendant une dizaine d’années, habite aujourd’hui en Bourgogne. Lors d’une visite, fin 2009, dans une manufacture du village de Moroges (à 20km de Chalon-sur-Saône), il découvre dans les archives, “par hasard, le plan d’un tapis doté des initiales WOW”, raconte Philippe Pascal. “WOW” pour “Windows on the World“, le célèbre restaurant occupait les 106e et 107e étages de la tour nord du World Trade Center et offrait une vue panoramique imprenable sur Manhattan.

“Ce fut un choc, un moment très émouvant. Ce n’était ni lieu, ni le moment où je pensais retrouver la tragédie du 11-Septembre”, se souvient le jeune retraité. Philippe Pascal était un habitué du restaurant. La Sopexa y organisait souvent des dégustations et des réunions. L’ancien directeur avait foulé ce motif à chacune de ses visites. A l’entrée du restaurant, sur plus de 200 m2, la moquette représentait une vue aérienne du sud de Manhattan. On y retrouvait les rues du quartier, de nuit, avec l’emplacement des deux tours. L’oeuvre avait la forme d’un gigantesque verre de vin. Un signe de bienvenu dans ce lieu luxueux qui abritait Cellar in the Sky, l’une des plus belles caves à vins du monde.

“Il était hors de question de laisser cette découverte sous forme d’un dessin dans un placard, poursuit Philippe Pascal. Je ne savais pas encore ce que j’allais en faire, l’important c’était de lui redonner vie.” Le New-Yorkais de coeur commande à l’artisan une réplique de 16 à 18 m2. Un travail colossal pour la toute petite entreprise. La manufacture de Moroges est l’une des dernières à confectionner des tapis de façon artisanale, pour les grands noms du luxe français, les décorateurs et les collectionneurs. “Trouver les 40 couleurs de laines, nécessaires à la reproduction, a déjà pris neuf mois, raconte Philippe Pascal. La confection, entièrement réalisée par une tisseuse, a demandé plus de trois mois de travail. Je passais régulièrement la voir avec ma femme. Nous avons suivi l’évolution du tapis comme un bébé.” 

Le tapis a vu le jour il y a un an. Pendant quelques semaines, il sera exposé contre un mur de pierre du Cellier aux Moines, le domaine viticole de Philippe Pascal, “pour qu’il s’imprègne de l’histoire et du soleil bourguignons avant de partir”. Le tapis est aujourd’hui dans les réserves du musée du Mémorial du 11-Septembre, dont l’ouverture a été repoussée au début de l’année 2013. Il sera exposé au côté d’autres artefacts de la tragédie. “Nous avons décidé d’en faire don au mémorial, pour que des millions de gens puissent le voir, confie Philippe Pascal. C’est un clin d’oeil de la Bourgogne viticole à New York.”