Emilio Robba, fleuriste-illusionniste

Il y a 14 ans, Emilio Robba, grand voyageur amoureux de la nature, débarque à Miami pour y découvrir  sa faune luxuriante et tropicale. Il n’a pas vraiment d’idée précise sur ce qu’il va y faire mais son brillant passé lui a permis d’acquérir – enfin ! – la confiance qu’il lui manquait pour se sentir libre et un poil fataliste :  «Ma vie est faite de rencontres heureuses. Si quelque chose doit se passer, cela se fera».

Ancien étudiant des Beaux Arts à Paris, Emilio –issu d’une famille d’artistes italiens – laisse tomber son ambition de devenir artiste peintre le jour où il rencontre sa femme et ils décident ensemble de fonder une famille. Il devient fleuriste-paysagiste, trouve un vrai plaisir dans la composition de jardins – «c’était à mi-chemin entre la sculpture et la peinture» – et se fait vite remarquer en créant des jardins exotiques. L’orchidée devient sa muse et son emblème.

En 1979, le Printemps Haussman à Paris, dénicheurs de tendances et de talents, lui demande de se lancer dans la création de fleurs artificielles. «Jamais !» est sa première réponse. Mais il finit par accepter et s’installe peu après sous le dôme du Printemps pour présenter deux expositions : une d’orchidées naturelles et une d’orchidées d’illusion. Le succès est immense. Deux ans plus tard, Pierre Cardin fait appel à lui pour ouvrir  la première boutique de fleurs de la très réputée maison « Maxim’s ». Il dessine alors ses premières compositions factices d’orchidées. Le couturier est certain de son talent : «Pierre Cardin m’a poussé à signer mes oeuvres et à déposer des brevets». Ces compositions florales sont bluffantes de vérité et ont une allure folle. Leur toucher même est impressionnant. Elles deviennent un objet de décoration à part entière, un objet de luxe aux lignes pures et couleurs délicates, un objet incontournable. Il ne cessera de chercher des moyens de reproduire, le plus fidèlement possible, leur fragilité, leur élégance, leurs formes subtiles.

Nous retrouvons Emilio Robba à Miami, dans le show room du Design district qui n’est autre qu’une jungle luxuriante mais contemporaine (le blanc est omniprésent): je me fraye un chemin au milieu de compositions magestueuses, plus hautes les unes que les autres. Posés sur des meubles transparents (de façon à ce qu’ils ne nuisent pas à l’objet), des vases aux lignes épurées accueillent des bouquets de fleurs délicates aux couleurs intenses et subtiles ;  des coupes, de tailles diverses et aux formes arrondies, offrent un spectacle d’une beauté rare : des orchidées prisent dans les parois, y sont précieusement conservées pour le plus grand plaisir de nos yeux. Aux murs, des photos de grande taille sont là comme le témoin des nombreux voyages d’Emilio. « Je suis un nomade, héritage de mon père qui plantait son cirque de villes en villes ».

Il s’est imposé à Miami comme le spécialiste de la décoration florale des bateaux de croisières de luxe. La compagnie Celebrity Cruise a été son premier client. Il se souvient, amusé, du premier rendez-vous au cours duquel le vice-président lui assure qu’il veut des fleurs fraîches et pas autre chose ! Emilio pose alors sur le bureau une de ses compositions : quelques fleurs (factices !) délicatement posées dans un vase aux courbes délicates. «C’est exactement ça que je veux !» s’exclame son nouveau client.

Avec Costa Croisière, il ouvre la première boutique sur un paquebot : «une boutique souvenir, chic et de luxe». En  Avril prochain, ce sont 4 autres boutiques qui verront le jour. Il décore aussi les tables et salles de bain du nouveau méga-yacht, le Boréal, de la compagnie du Ponant.

Emilio est un homme comblé et heureux. Et fort de cela, il continue à explorer la planète pour y chiner de nouvelles idées ; comme le bois pétrifié, ramassé autour des volcans en Indonésie, avec lequel il réalise des meubles ; ou encore, les cours qu’il donne bénévolement dans une école d’art à Casa de Campo en République Dominicaine.

Ce dont il a envie maintenant, c’est « d’échanger, de transmettre », de s’enrichir d’une autre façon.

http://www.emiliorobba.com/