Elodie Dupuy veut changer la finance (mais en ballerines)

Elodie Dupuy, co-fondatrice de Full-In Venture Partners. Crédit : French Morning/CM

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Sous les lustres somptueux d’une salle de conférence de l’University Club of New York, entre les robes, les tailleurs et les cravates – dress code oblige – Elodie Dupuy, sac à dos sur l’épaule, porte un sweat, des leggings et des ballerines.

Cette petite brune de 35 ans se fiche pas mal des apparences, dit-elle très vite avec un sourire facile et malicieux. Elle compte changer le monde. Mais pas en talons hauts. Son arme : Full-In Venture Partners, un fonds d’investissement qu’elle a co-fondé en septembre avec Jess Davis et Eric Tonkyn, tourné vers les oubliés des géants de la finance, notamment les femmes.

Le but : accompagner des start-ups de la tech qui « ont besoin de savoir-faire pour passer de 5 millions de chiffres d’affaires à 50 » et surtout « ramener un peu d’humanité dans quelque chose de très transactionnel, résume Elodie Dupuy, qui compte investir entre 5 et 15 millions de dollars par entreprise. Je considère que l’investissement, c’est un partenariat presque aussi important qu’un mariage. On avance ensemble pendant cinq à dix ans, dans les bons comme dans les mauvais moments, explique la patronne. Il n’y a pas besoin d’être parfait, juste honnête. »

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L’honnêteté est d’ailleurs le mantra d’Elodie Dupuy dès le début de sa carrière. La jeune femme née de parents français et élevée à Toledo dans l’Ohio débarque à New York en 2008 pour faire du droit. Parlant couramment sept langues, elle est repérée par la société de capital-risque Insight Venture Partners pour un poste de réceptionniste.

« J’y ai passé un mois et demi et puis j’ai demandé si je pouvais aider à faire quelque chose d’autre, se souvient la polyglotte gymnaste touche-à-tout. J’étais la petite réceptionniste de l’Ohio qui n’avait pas de diplôme Ivy League, ils ont bien rigolé ». Mais ses compétences linguistiques poussent le fonds à miser sur la jeune femme, qui ne tarde pas à faire ses preuves sur les marchés internationaux.

Neuf ans plus tard, Elodie Dupuy devient vice-présidente de la société, qu’elle quitte finalement en automne 2016 pour « une offre qu’on ne pouvait pas refuser » du fonds d’investissement Iconiq Capital. Elle s’envole donc pour San Francisco avec son mari et sa première petite fille. « On s’est posé à une heure du matin et le lendemain à midi, j’avais envie de rentrer à New York », raconte-t-elle, amère.

Entre « la richesse absurde de la tech alors qu’on enjambe des sans-abris dans la rue », « une gestion irresponsable de l’argent » de la part des start-ups et une « culture hypocrite, moralisatrice et dix fois plus sexiste qu’à New York », Elodie Dupuy traverse treize mois pénibles sur la côte ouest, avant de rebrousser chemin, enceinte de sa deuxième petite fille.

A New York, le coup de grâce vient d’une rencontre pour un poste qu’elle briguait. Quinze jours après son accouchement, Elodie Dupuy se présente à un entretien avec son bébé dans les bras. « Ça devait être le 16e ou 17e rendez-vous avec cette entreprise, on avait déjà bien avancé et là, le mec a regardé mon bébé et m’a demandé si j’allais sérieusement reprendre le boulot », s’étrangle l’analyste.

« J’en avais marre d’être vue comme une femme qu’on embauche pour cocher les cases et faire plaisir aux investisseurs », assène-t-elle, en repensant aux entretiens qu’elle a passés à son retour de San Francisco. Elle décide donc de lancer son propre fonds. « J’ai passé six mois à bosser comme une malade. Je mettais ma petite dans un sac kangourou et j’allais à mes rendez-vous avec elle. Dans mon sac à dos, j’avais une poche pour mon ordi et le reste rempli de couches », plaisante l’entrepreneure à l’enthousiasme contagieux.

Car « changer de monde, ça passe aussi par là », selon Elodie Dupuy, qui prône une culture de l’empathie dans son entreprise pour « montrer l’exemple » et insuffler de nouvelles valeurs au monde du travail. « Le but, c’est que les gens soient heureux sans sacrifier leur famille, insiste la cheffe d’entreprise. Par exemple, j’ai tout de suite dit que les anniversaires de mes filles seraient des jours fériés », se targue-t-elle avant de dégainer une photo du dernier gâteau d’anniversaire fait maison. Un chef d’œuvre qui lui a demandé quinze heures de travail. On ne se refait pas.

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