Einstein Studios mise sur la réalité virtuelle pour aider les enfants dyslexiques

Xavier Lesage, co-fondateur d'Einstein Studios. Crédit: Frédéric Neema

20% de la population est dyslexique, 50% des scientifiques de la NASA et 40% des millionaires le sont aussi“. Xavier Lesage-Moretti, un des cofondateurs d’Einstein Studios connaît ses statistiques. Il sait aussi si l’on compte parmi  “les dyslexiques célèbres, Richard Branson, Steven Spielberg ou Albert Einstein“, d’autres sont trop souvent victimes de l’enseignement traditionnel, basé sur l’écriture et la lecture. Les enfants dyslexiques, dont la mémoire sensorielle et la capacité à penser dans l’espace est plus développée que la moyenne, apprennent autrement.

C’est ce constat qui a conduit Xavier Lesage-Moretti et son Einstein Studios à se lancer dans la conception d’un programme d’apprentissage des langues étrangères utilisant la réalité virtuelle et destiné aux enfants dyslexiques. En mai dernier, l’équipe remportait le prix de la start-up de l’année aux French American Business Awards. Et depuis, l’équipe a beaucoup travaillé pour lancer une première version de son produit: équipé d’un casque de réalité virtuelle, l’enfant apprend l’espagnol en étant dans des scènes de la vie réelle. Par exemple, il se rend au supermarché et choisit des fruits. Un enseignant, lui aussi présent par le truchement de la réalité virtuelle, l’accompagne dans son apprentissage.

On n’apprend pas la grammaire, mais on expose l’enfant à une langue dans un contexte qu’il comprend, de la même manière qu’un bébé va apprendre à parler sans connaître les règles de conjugaison. La réalité virtuelle permet aux enfants d’être concentrés car physiquement engagés dans la conversation“, explique Xavier Lesage-Moretti. “Une trentaine de familles utilise notre programme: nous observons les réactions des enfants, et nous sommes constamment à l’écoute des familles pour améliorer le produit.” Chaque famille paie un abonnement mensuel de 99 dollars, qui comprend une leçon hebdomadaire et la location du casque de réalité virtuelle.

Einstein Studios est né de la rencontre de deux ingénieurs à qui l’école n’avait pas laissé de bons souvenirs: “J’ai rencontré Benjamin Roux lors d’un stage à Apple à Cupertino, en 2011. Nous nous sommes découverts de nombreux points communs: nous avons tous les deux détesté l’école, notamment car nous n’avons pas pris de plaisir à apprendre, et nous croyons dans la valeur éducative des jeux vidéos”, souligne cet ancien de Supélec.“En 2018, nous avons décidé de créer une start-up en lien avec l’enseignement, et qui utiliserait la réalité virtuelle.

Un premier prototype destiné à enseigner la physique est d’abord testé par des enfants et des parents lors de meetup. “Nous sommes vite rendus compte que notre produit avait plus de traction avec les enfants dits “neuro-divers”, et plus particulièrement les enfants dyslexiques. Nous avons alors posé la question sur la pertinence d’enseigner la physique, par rapport à une autre matière, et les retours étaient plutôt en faveur des langues étrangères.

Grâce à une première levée de fonds de 270.000 dollars, l’équipe compte désormais, en plus des deux co-fondateurs, deux programmeurs à San Francisco, un artiste 3D à Londres et un designer à Paris. L’objectif pour 2020 est de faire une nouvelle levée de fonds, et d’élargir l’offre d’Einstein Studios: “Nous savons que l’idée d’enseigner aux enfants dyslexiques grâce à la réalité virtuelle est la bonne, mais l’espagnol reste trop niche, presque un luxe pour des familles dont la préoccupation essentielle est la lecture.” En élargissant ses services aux cours particuliers d’aide à la lecture basés sur la méthode de reconnaissance de phonèmes Orton Gillingham, Einstein Studios espère s’établir sur un marché de plusieurs millions de dollars, sans concurrence pour le moment dans l’utilisation de la réalité virtuelle.

Xavier Lesage-Moretti ne désespère pas non plus de rejoindre Y incubator, le célèbre incubateur de startup: “Nous avons tenté d’y entrer trois fois, et chaque refus nous a permis de progresser dans la définition de notre mission: nous avons par exemple abandonné l’idée de faire un jeu vidéo sur la physique pour lancer une plateforme d’apprentissage de l’espagnol.” Avec une croissance hebdomadaire de 10%, Xavier Lesage-Moretti ne désespère pas de convaincre Y Combinator de la valeur de l’utilisation de la réalité virtuelle pour les enfants dyslexiques: “C’est un concept nouveau, qui est encore étranger pour les investisseurs. Nous travaillons activement à rassembler toute la recherche qui permettra de prouver que cette idée est la bonne et de convaincre les investisseurs de nous suivre.