Sous Donald Trump, la galère des autorisations de travail

crédit: sawadeevisa

Les avocats d’immigration et surtout leurs clients partout aux Etats-Unis l’ont remarqué: depuis quelques mois, obtenir une EAD (“Employment Authorization Document”) met beaucoup plus de temps, forçant certains Français et d’autres travailleurs immigrés à se mettre au chômage en attendant l’arrivée de cette autorisation officielle. 

Certains demandeurs attendent jusqu’à huit mois, contre trois auparavant, pour recevoir la précieuse carte. C’est le cas de Paul, un Français de San Francisco venu en visa E-1 avec son épouse. Le trentenaire, qui a trouvé un travail en décembre, devait recevoir une nouvelle autorisation de travail en janvier. Mais celle-ci n’est pas venue en temps et en heure. “J’ai fait trois semaines au bureau, puis je leur ai dit que je n’avais pas reçu mon renouvellement. Ils m’ont dit: ‘tu sors’. J’étais au chômage technique, sans Pôle emploi derrière !”, raconte ce contrôleur financier. Heureusement, son manager a été très conciliant, l’autorisant à revenir une fois ses papiers en règle.

Selon Nathaniel Muller, avocat d’immigration à New York, le cas de Paul n’est pas isolé. “J’ai vu des procédures durer six mois. La loi n’a pas changé. Elle est la même qu’il y a cinq ou dix ans. Mais elle est davantage mise en pratique. Il y avait hier une souplesse qu’il n’y a plus aujourd’hui“, explique-t-il.

Les contrôles renforcés datant de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump ne sont pas les seuls facteurs de ce rallongement. “Les dossiers sont épluchés, pas simplement transmis. Mais il n’y pas assez de personnel pour les examiner, poursuit-il. Il faut bien se préparer, et surtout se préparer plus en avance, se donner au moins trois mois pour faire une demande“.

C’est un gros problème, assure pour sa part Sophie Raven, avocate d’immigration à New York. Avec mon équipe, nous relançons les autorités américaines constamment. Elles s’excusent en disant que quelqu’un travaille sur le dossier et ne donnent pas d’échéance“, explique-t-elle. Elle conseille aux demandeurs de commencer la procédure “le plus tôt possible“.

L’avocate précise tout de même qu’il y a une “bonne nouvelle“: en janvier 2017, l’agence chargée de l’immigration USCIS a annoncé une extension automatique de 180 jours pour certaines autorisations de travail. Une mesure destinée à “aider à prévenir toute lacune dans l’autorisation de travailler“, selon l’agence.

Mais cette mesure ne concerne pas les premières demandes d’autorisations de travail et ne résout pas les galères des demandeurs de carte verte, d’après Sophie Raven. “La carte verte nécessite de combiner un permis de travail et de voyage. Si la partie “permis de travail” peut être renouvelée automatiquement, ce n’est pas le cas du permis de voyage. Il faut faire une demande de document de voyage d’urgence”, précise-t-elle.

Hugo, Français de Miami, attend sa carte verte depuis plus d’un an. « Il nous a fallu plus d’un an et demi pour monter le dossier, précise-t-il. Notre avocat prend davantage de précautions depuis que l’administration Trump veut réformer les lois sur l’immigration. Nous sentons bien qu’elle cherche la petite bête, sûrement pour en décourager plus d’un et ainsi limiter l’immigration sur le sol américain ».

En attendant de connaître son sort et savoir s’il pourra obtenir la résidence permanente tant convoitée, il a préféré assurer ses arrières. « Je viens de renouveler mon visa H-1B qui est en quelque sorte un parachute de secours nous permettant de rester aux États-Unis durant les trois prochaines années au cas où notre dossier pour la carte verte serait refusé », explique le trentenaire qui relève au quotidien son courrier en espérant obtenir une bonne nouvelle dans les prochains mois.

Paul, de San Francisco, a téléchargé l’application Case Tracker pour suivre l’évolution de son dossier. “J’actualisais la page toutes les deux heures. Mon dossier avait été envoyé au centre Phoenix”, relate le Français, décrivant “une attente assez horrible. On est maître de rien !”. Finalement, les choses se sont bien terminées pour lui: il a pu reprendre le travail en mars. “J’ai mis quatre mois et demi à avoir ma nouvelle carte qui est valable jusqu’en 2020 cette fois”, dit-il en relativisant : “J’ai au moins eu la chance d’avoir une boîte qui m’attendait, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.”

Avec Gregory Durieu (Miami) et Klervi Drouglazet (San Francisco)