Pourquoi le “doggie bag” s’appelle-t-il ainsi ?

Aux Etats-Unis, où les portions sont parfois gargantuesques, les restaurants proposent quasi systématiquement d’emballer les restes de nourriture dans un paquet que le client ramène à la maison : le doggie bag (ou doggy bag). Pourquoi ce nom qui évoque le meilleur ami de l’Homme ? C’est la question bête de la semaine.

Emballer les restes d’un repas trop généreux n’a rien de novateur : dès le VIème siècle avant J.C., les Romains auraient eu pour habitude d’envelopper les restes de leurs festins dans des mouchoirs pour s’en délecter plus tard.

Le doggie bag moderne, quant à lui, a fait son apparition aux Etats-Unis dans les années 40. Pour éviter les pénuries de nourriture pendant la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement américain a mis en place une série de mesures pour encourager les citoyens à ne pas faire de gâchis. On les incitait notamment à ne pas jeter les restes de leurs repas, mais plutôt à les donner à leur chien.

Certains cafés et restaurants se sont alors mis au pas et ont commencé à proposer d’emballer les restes pour permettre aux clients de les ramener à leurs fidèles compagnons. Il devint vite évident, cependant, que certains d’entre eux les emportaient non pas pour leur chien, mais pour leur consommation personnelle. Cette pratique était assez mal vue, autant pour des questions d’hygiène que d’étiquette.

D’après Jane Stern, co-auteure du Lexicon of real american food, c’est Dan Stampler, le propriétaire d’un Steak Joint sur Greenwich Avenue à New York, qui est derrière l’invention du doggie bag tel qu’on le connaît aujourd’hui : « En 1946, pour ne pas mettre dans l’embarras ses clients soucieux de leur budget, Dan Stampler eut l’idée de leur proposer de ramener l’os (et ce qui n’avait pas été mangé autour) à la maison, “pour le chien”. M. Stampler conçut un sac à l’effigie de son terrier écossais et l’appela le doggie bag ».

En faisant apparaître de manière évidente que les restes étaient destinés au chien, même si ce n’était pas toujours le cas, Dan Stampler a décomplexé et démocratisé la pratique du doggie bag.

Dans les années qui ont suivi, la Bagcraft Corporation of Chicago a confectionné plus de 150 millions de sacs résistants à la graisse. « Aujourd’hui encore, le terme « doggie bag » est fréquemment utilisé pour décrire les restes qui finissent dans les paquets à ramener à la maison, explique Jane Stern. On ne prend plus vraiment la peine de prétendre que le Chateaubriand finira dans la gamelle du chien ; d’ailleurs, les restaurants gastronomiques préparent les restes dans des emballages aluminium en forme de cygne et les placent dans des sacs aussi élégants que ceux utilisés par les boutiques chics ».

Vanessa Richard