Vivian JACOBS, Psychothérapeute - Larchmont & Park Avenue

Etats-Unis, New York
983 Park Avenue , New York ,
New York , 10028 ,
US
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J’ai toujours rêvé d’un grand départ vers le Tintin en Amérique de mon enfance. D’ailleurs, aujourd’hui, son affiche trône dans mon cabinet de psychothérapeute familiale, où je reçois enfants et adultes, qui tous reconnaissent ce personnage rempli d’esprit d’aventure et de courage.

Étant née de parents Européens parlant plusieurs langues, très tôt, même au berceau, je parlais l’Anglais et le Français. Je ne me souviens plus si j’ai balbutié « Maman » ou « Daddy » en premier car je devais parler le Français à ma mère et l’Anglais à mon père — pas question de mélanger. Très vite j’ai compris la chance qui m’était offerte d’avoir un langage « secret » pour les autres.

Ainsi, j’ai grandi un peu différente et adaptable, m’intégrant dans un milieu intellectuel parisien tout en pouvant faire rêver certains en obtenant, sans effort, des 18/20 en rédaction d’Anglais. Que d’alliances se sont crées autour de mon «talent linguistique»… En revanche, je me souviens de mon professeur d’Anglais en 3e à l’École Alsacienne, me regardant avec méfiance à chaque fois qu’il entamait une phrase un peu complexe. Complexé pour sûr le cher maître !

Poursuivant une maîtrise de Littérature et, bien entendu, d’Anglais à Nanterre, je vivais ma double identité discrètement, jouant du match point suivant les circonstances. Je voyageais de par le monde, produisant mon joli passeport Américain couleur vert. Il suffisait à l’époque de le montrer d’une main légère pour passer la douane sans le moindre tampon.

J’ai oublié de mentionner que, grâce au hasard des conflits mondiaux, je suis née aux États-Unis, ayant immigré à 2 ans en terre belge, puis néerlandaise pour arriver à Paris à l’âge de 6 ans. Me voici devenue française d’éducation et de cœur avec la coquetterie d’une vraie parisienne, munie de cet inestimable trésor que représentait à l’époque l’identité américaine. J’hésite à révéler l’année, il suffit de dire que Sheila, Sylvie Vartan et Claude François passaient finalement du noir et blanc à la couleur sur le petit écran de l’unique chaîne nationale…

Accélérons un peu : me voici fiancée à un jeune loup d’avocat français intéressé, comme moi, à explorer de nouveaux horizons. Aussitôt mariés, la décision est prise : nous allons partir au pays de Walt Disney, cette Amérique qui résonnait toutes sirènes hurlantes sur les petits écrans, avec Miami Vice et Colombo et au cinéma avec Bonnie and Clyde.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Fièrement, je pars à l’Ambassade des États-Unis et, en moins d’une heure, en ressors munie du billet de loterie tant convoité aujourd’hui, la carte verte pour mon époux. Nous allons pouvoir partir 2 mois plus tard, juste à temps pour passer «New York au mois d’Août», trouver un appartement avant que ne commencent les cours à Columbia et me trouver un job pour faire bouillir la marmite.

Nous avions bien précisé à nos familles et amis que le programme d’études durait 2 ans et qu’ils pouvaient donc compter sur notre retour dans 2 ans au plus tard, promis, juste à temps pour passer «Paris au mois d’Août», trouver un appartement et 2 jobs valorisant notre expérience d’expatriés triomphants.

Voyage romantique sur Air France : notre jeune couple largue ses amarres avec l’enthousiasme et la fierté de se sentir à la fois privilégiés, mais aussi courageux. Combien de nos amis l’auraient vraiment tentée cette aventure ? Combien auraient pris le risque de l’inconnu de l’installation dans Big Apple ? Nous le faisions, mon mari ayant diligemment approfondi sa connaissance de la langue en lisant un à un tous les Tintin mais en version anglaise – et ce n’est pas une blague.

Arrivés à JFK, qui s’appelait alors « Kennedy », les yeux rouges de fatigue ; puis traversant en taxi jaune le White Stone Bridge, toute l’île de Manhattan baignée d’une lumière vive, pure (un ciel à la Magritte), à la fois éblouissante et intense. Nous étions ébahis de son étendue. Nous y étions, du haut de nos 27 ans.

A peine descendus de l’avion, nous partons, valises à la main, visiter plusieurs appartements. En sortant du premier ascenseur je tombe pile sur une vieille copine du championnat de golf européen, arrivée 6 mois plus tôt. Nous avions déjà un numéro de téléphone et une invitation à dîner !

Au troisième appartement, nous étions décidés, nous allions être courageux, sans doute naïfs, mais la vue depuis le 26eme étage nous envoûtait trop. Nous allions faire fi des conseils de prudence, et habiter à la lisière de Harlem. L’adresse fatidique : 115 East 87th Street ! Mais je vous assure qu’à l’époque à quelques blocs de là, il fallait vraiment se tenir en éveil. Bien sûr, de l’autre côté, le calme de Park Avenue et Central Park. Ah j’oubliais nous avions repéré aussi « Chez Dumas », une pâtisserie française, depuis lors disparue, à deux pas de notre building. Affaire conclue !

Tout semblait si vite organisé, restait mon travail. Grâce aux vases communicants de collègues francophones, me voici devenue maîtresse de Français pour les petits (5 et 6 ans), dans une école qui n’existe malheureusement plus : la Fleming School, située sur la 62e, dans un superbe hôtel particulier. Chic, cette éducation bilingue, avec un cursus qui conseillait l’apprentissage initial de la lecture en Français, les recherches linguistiques d’alors indiquant qu’il était plus facile pour des enfants en bas âge d’apprendre à lire en Français. La directrice, francophile dévouée et pédagogue exceptionnelle, accueillait l’intelligentsia new-yorkaise souhaitant internationaliser ses enfants. Des professeurs américains ouverts et dynamiques et un groupe d’enseignantes françaises, souvent mariées à des expatriés, formaient une unité de soutien remarquable. Que d’heures passées à comparer les approches psycho/pédagogiques, à analyser le comportement des parents, le manque de discipline ou de rigueur, la disparité de l’effort et de la récompense, et, bien entendu, le poids de l’argent – la limousine noire attendant une gamine de 6 ans à la sortie, entourée de ses nounous.

Je n’oublierai pas non plus notre première soirée chez des américains (trop peu ont suivi malgré le plaisir qu’ils avaient à dîner chez nous). Au dessus d’un verre de vin blanc, servi comme il se doit, voici les trois questions posées à chaque nouvelle rencontre : «Où habitez-vous ?», «Que fait votre mari ?» et «Quel est son salaire ?». Vous imaginez mon choc, ma consternation, mes balbutiements… Mais d’un autre côté, je ne pouvais m’empêcher d’admirer qu’à chaque fois que je rencontrais une nouvelle personne, elle se souvenait immédiatement de mon prénom sans effort.

Très vite, voulant nous faire un cercle d’amis, nous avons invités nos connaissances, nos voisins de palier, d’autres élèves de Columbia, des collègues. Nous avons ainsi créé un cercle merveilleux d’amis new-yorkais francophones. Nous avions, sans l’appui des associations d’accueil d’aujourd’hui, formé un groupe de jeunes couples, expatriés comme nous, réunis par le même goût de l’aventure et l’ambition.

Un projet commençait à se former dans ma tête. Comment combiner ces deux mondes dans lesquels, après tout, je me sentais à l’aise, employer ma connaissance des deux cultures et devenir un support pour ceux qui, autour de nous, semblaient moins bien gérer la transition et les différences linguistiques ou culturelles. Ma vocation de psychothérapeute commençait à prendre son envol…

Ecoutez: émission de radio avec Viviane Jacobs:

[audio http://frenchmorning.com/annuaire/files/2013/11/Vickys-Radio-Prgm-Mar-09-edited.mp3%5D

Vivian Jacobs – Interview on Moms Gone Mad:

 

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