Pourquoi le diesel ne carbure pas aux Etats-Unis

En 2013, 4,5% des véhicules vendus aux Etats-Unis étaient équipés d’un moteur diesel. En France, c’est plus de 70 %. Pourquoi les Américains sont-ils si réticents au diesel, c’est la question bête de la semaine.

La réponse la plus évidente est fournie par l’American Petroleum Institute: le coût. Selon l’organisation des pétroliers américains, “en septembre 2014 l’essence coûtait en moyenne 40 cts de moins par gallon que le diesel“. Première cause: les taxes. Aux Etats-Unis, le diesel est plus taxé que l’essence (environ 25% plus). C’est la situation exactement inverse à celle qui prévaut en France, où le diesel est moins taxé que l’essence. Dans l’Hexagone, cet avantage fiscal remonte aux années 1960, et visait à soutenir l’activité économique, le diesel étant à l’époque exclusivement le carburant des agriculteurs et des transporteurs routiers.

Aux Etats-Unis, la raison de la sur-taxation du diesel est à aller chercher au début des années 1980. L’administration Reagan cherche alors à financer la rénovation des autoroutes qui se dégradent. Le Congrès vote une taxe sur les poids-lourds. Mais les chauffeurs résistent, organisent une grève parfois violente (plusieurs chauffeurs non-grévistes sont visés par des tirs d’armes à feu!) et finalement obtiennent partiellement gain de cause: la taxe sur les poids-lourds est remplacée en 1984 par une taxe sur le diesel, censée prendre mieux en compte la réelle activité des entreprises.

Cette taxe fédérale est toujours en vigueur aujourd’hui (elle est de 0.244$/gallon contre seulement 0.184$ pour l’essence) et elle dispose notamment du soutien du lobby des transporteurs routiers (American Trucking Associations) qui milite même pour son augmentation afin d’assurer un financement durable des autoroutes américaines.

Mais cette sur-taxe ne représente qu’une petite partie du sur-coût du diesel. Le reste résulte de la très faible part de marché de ce carburant aux Etats-Unis: le raffinage y est donc moins répandu, et in fine plus coûteux que celui de l’essence. Bref, le diesel est plus cher parce que moins répandu et moins répandu parce que plus cher…

Il y a enfin une autre raison, plus culturelle (et qui renforce celle liée au coût): la mauvaise image du diesel aux Etats-Unis. La faute, disent tous les experts, à la Oldsmobile diesel que General Motors a tenté d’imposer à la fin des années 1970. A la suite du premier choc pétrolier, les Etats-Unis avaient commencé à adopter des normes plus sévères en matière de consommation de carburant. Une des solutions imaginées par General Motors est alors de développer des moteurs diesel, plus sobres que les moteurs à essence. Mais ils vont sans doute trop vite, la technologie choisie n’est pas au point et le modèle devient vite symbole d’échec du diesel. Il est retiré du marché en 1985 mais va ternir l’image du diesel aux Etats-Unis pour des années.

Mais le diesel marque des points depuis quelques années (plus 30 % de part de marché entre 2012 et 2013 par exemple). La cause, là encore, les nouvelles règles visant à la diminution de la consommation de carburant aux Etats-Unis. Une des manières d’atteindre l’objectif de 4,3 L/100 kms en 2025 est pour les constructeurs de pousser les moteurs diesel (associés au filtre à particules), qui émettent moins de CO2 que les moteurs à essence. Si les Américains préfèrent eux pousser les véhicules hybrides ou tout électrique, les constructeurs européens, allemands, en tête, sont devenus des prosélytes du diesel aux Etats-Unis.