Devenir Riche !

Ah ! Décidemment, mon métier est passionnant, je crois toujours avoir tout vu et tout entendu. À chaque fois que je rencontre un nouveau client, je me rends compte qu’il n’y a pas un seul dilemme qui ressemble à un autre, et qu’il n’existe pas une recette miracle qui marche pour tous. S’il y a une méthode, c’est celle de littéralement plonger dans l’univers de la personne en face de moi, ou à l’autre bout du fil, en m’oubliant totalement, pour ainsi tirer les premiers fils qui le feront enfin avancer vers son objectif. « Aidez-moi à devenir riche ? », de prime abord, l’idée de travailler sur un tel sujet ne me dit vraiment rien, mais à voir Christian se tenir devant moi raide comme un piquet, l’air un peu gêné, je me dis qu’il y a au-delà de ce cri du cœur trop désespéré à mon goût, quelque chose de plus profond que l’on peut creuser ensemble.

« J’ai 33 ans, je travaille pour la même compagnie depuis 5 ans, et nous sommes en pleine réorganisation. Mon patron immédiat a été licencié et je pense que je mérite sa place. J’en ai les qualités, je crois savoir que le CEO le pense aussi et même si je gagne correctement ma vie pour quelqu’un de mon âge, il est grand temps que je passe au niveau supérieur. Je veux devenir riche et si on ne me donne pas ce poste, c’est simple, je claque la porte ». Et cela ressemble à quoi devenir riche ? J’ai touché un point sensible car soudainement, le ton monte de plusieurs crans. «Ne me dites pas que vous êtes comme les autres qui me disent à tout va qu’avoir comme but de gagner de l’argent n’est pas un but en soi. Certains mêmes ont osé me sortir le classique « l’argent ne fait pas le bonheur ». Pff, c’est comme si je devais en avoir honte». De temps en temps, le coaching est comme un combat de boxe, et tant que cela reste dans les règles de l’art, tout en privilégiant le bien du client, je suis partant. Je lui réponds, en guise d’uppercut, que son but ne me surprend pas du tout, au contraire, je ne connais personne qui décide de venir vivre à New York pour devenir moine bouddhiste. J’enchaîne, avec un crochet du droit, en lui demandant si son agressivité, somme toute immature, n’est pas le signe que c’est avant tout lui qui a honte de son objectif. «Plus je m’écoutais m’énerver, plus je me posais justement la même question». Jet de l’éponge, c’est bien, passons aux choses sérieuses.

Si Christian veut avoir une chance d’atteindre son objectif, il doit être sûr que c’est bien cela qu’il veut, librement, sans fausse modestie, sans faux-fuyants et, bien entendu, sans avoir cette fâcheuse impression de jouer à contre-emploi. «Cette honte que je ressens est en réalité un sentiment très lié à ma famille et à mon éducation. Quand je me dissocie d’eux, comme lorsque je vous parle maintenant, en adulte, je n’éprouve au contact de ce projet que de l’excitation, du challenge et même de l’amusement». Son horizon commence à s’éclaircir. «L’idée n’est pas de devenir riche « pour leur montrer », ce qu’ils voient en moi aujourd’hui leur est bien suffisant, ils me l’ont déjà dit. Cela doit être avant tout pour mon propre plaisir». J’y vois même des morceaux de ciel bleu. «Cette vérité me fait sentir tout d’un coup en paix avec moi-même, et avec la terre entière aussi !».

Alors, être riche pour vous, c’est quoi ? « C’est gagner une tonne de liberté. C’est aussi être fier de moi, fier d’avoir accompli quelque chose de difficile ». Et bien maintenant que vos motivations sont bien claires, qu’est ce qui vous en empêche ? Christian prend le temps de répondre. Je crois qu’il a compris la portée de ma question, pourtant toute simple. Je laisse le silence envahir la pièce. «Je me suis embourgeoisé. Lorsque j’étais un étudiant, j’avais une vraie mentalité d’entrepreneur, toujours à aller de l’avant, toujours à innover, et ceci sans jamais chercher à marcher sur les autres. Je me rêvais en capitaine d’entreprise en route vers des territoires inconnus, remplis d’exotisme et de trésors». Christian est maintenant complètement en phase avec lui-même. Je n’ai qu’à l’écouter, la solution à son problème est juste à portée de main. «Et puis, j’ai eu cette superbe opportunité de travailler ici à New York tout en gagnant très bien ma vie. Je me suis perdu dans des luttes de pouvoirs et des petites mesquineries qui ne me ressemblent pas du tout. La dragée au poivre que j’étais est devenu un gros loukoum».

Alors qu’il vient de faire un grand pas vers son objectif sans vraiment le savoir, je lui demande comment il peut réconcilier son envie de devenir riche avec qui il est vraiment. «Je dois commencer par penser en entrepreneur, pas en petit enfant gâté, qui va casser son jouet si on ne lui en donne pas un autre. J’ai une vision claire et nette sur la façon dont mon département pourrait fonctionner pour être encore plus profitable. À moi de proposer mon plan à mon CEO, salaire inclus, la balle sera alors dans son camp. Stratège, visionnaire et humain, voilà qui je suis». Quelles sont les chances de succès ? «Infimes. Non pas parce que je n’en ai pas les capacités, mais parce que sauter d’un échelon à l’autre si vite ne se fait pas dans le genre de compagnie dans laquelle je travaille. À bien y réfléchir, c’était la solution de facilité que de reporter la faute sur mes patrons. La vérité est que ce n’est sûrement pas là que je vais devenir riche. Un jour, il faudra que j’ai le courage de me regarder en face pour mieux regarder ailleurs».

Christian voulait devenir riche de la ma même façon que la grenouille se transforme en prince charmant, comme par enchantement. Comme pour tout objectif ambitieux, c’est beaucoup plus compliqué que cela. Il faut de la chance, être capable de la saisir à temps, et surtout rester fidèle à soi-même et à ses valeurs, quelles qu’elles soient. Et le travail dans tout cela me direz-vous ? Tout le monde, ou presque, peut beaucoup travailler. Ceux qui réussissent sont ceux qui ont eu d’abord la force et la témérité de ne pas se trahir. Les dollars arrivent ensuite.

Pour en savoir plus sur ce qu’est le coaching avec Nicolas Serres-Cousiné, visitez www.monlifecoach.com