Devant les Français de Washington, Macron se la joue Kennedy

Nastasia Peteuil

Emmanuel Macron est en retard sur son programme – près d’une heure et demie. Heureusement, son épouse Brigitte vient calmer les Français de Washington, qui ont fait la queue pendant des heures pour venir entendre le président. “Restez, ça vaut le coup“, a-t-elle lâché avec un sourire.

Une trentaine de minutes plus tard, le président monte sur l’estrade sous les applaudissements du millier de supporters. “Quand on se demande si les Français ont de l’énergie… Eh bien, la réponse est là!

Après un crochet par le cimetière d’Arlington, où il s’est recueilli sur la tombe du soldat inconnu, et avant le traditionnel dîner d’Etat en compagnie de Donald Trump et de sa femme, le locataire de l’Elysée avait rendez-vous, mardi 24 avril, avec les Français de la capitale fédérale à l’ambassade de France.

N’hésitant pas à faire sienne la citation de Kennedy “ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays“, le président français a appelé les Français de l’étranger à se mobiliser pour faire rayonner la France. “Je compte sur vous pour m’aider, a-t-il dit. Les citoyens sont habitués à attendre que le gouvernement agisse (…) Mais j’ai besoin de vous, et que vous portiez les valeurs françaises“. Des jeunes, des entrepreneurs, des familles sont venus écouter son message. “La France a une longue histoire avec les Etats-Unis, grâce aussi aux expatriés“, qui font perdurer le lien entre les deux pays.

Pour Arnaud Trouvé, professeur dans une école d’ingénieurs, “les Français de l’étranger ne se désinvestissent pas, au contraire, ce sont des ambassadeurs. De faire appel à cela, c’est une bonne carte. Cela trouve un écho chez nous. Il y a un contraste entre le style Macron et le style Trump. Quelle que soit l’opinion qu’on a de Trump, les Américains voient la différence et elle joue pour le moment en faveur de la France. Les Américains se disent: on n’a pas de Macron”.

Ce discours à la Kennedy, c’est une dynamique. Il y a une équipe jeune, nouvelle qui pousse tout cela. On ne peut plus faire de la politique comme avant, souligne Franck Bondrille, conseiller consulaire de Miami, membre du parti Les Républicains (LR). On sent que ça bouge. Les Américains connaissent M. Macron alors que ce n’était pas le cas de nos présidents précédents“.

Balayant différents sujets internationaux évoqués plus tôt dans la journée avec son homologue américain (Syrie, Iran…), le président a abordé le thème de l’éducation, cher aux Français expatriés, en particulier aux nombreux professeurs de la langue de Molière dans la salle. “Nous voulons développer les écoles et les lycées français“, a-t-il promis. “Nous souhaitons stabiliser, simplifier le financement, donner plus de flexibilité“, a-t-il dit, espérant voir un “engagement du français plus fort“. Une phrase qui a plu à Chantal Cassan, une professeure de français qui vit aux Etats-Unis depuis plus de 30 ans.

Il faut vraiment faire un effort pour encourager les Américains à apprendre le français“, souligne-t-elle. “Leur donner envie de venir en France“. Pour elle, il faut montrer que cette langue peut être “pratique“, et pas seulement “pour visiter Paris avec son amoureux“.

C’est la première fois que j’entends un président parler à la communauté française en faisant un discours de politique. Jusqu’à présent, on avait des discours réduits sur les problèmes de la communauté. Il a agi comme notre président, pas quelqu’un qui nous rencontrait“, explique Martine, retraitée du Fonds Monétaire International (FMI) qui a assisté à des discours de François Hollande et Jacques Chirac.
“Je crois qu’il a amélioré la réputation des Français. Il est jeune, dynamique, a des idées. Les Américains aiment ça“, analyse Herman Cohen, ambassadeur des Etats-Unis en Gambie sous Jimmy Carter.

La salle applaudit à pleines mains. Dans son discours, le chef de l’Etat explique vouloir une France “forte, admirée, enviée, attractive“. Il reprend le slogan de Donald Trump, insistant sur le “Make the France great again” mais ne l’entendant pas dans le même sens que son homologue. “Notre nation pourra être grande en rendant la mondialisation plus juste“, tout en “pacifiant le commerce” car “le nationalisme, c’est la guerre“. Allusion non-feinte aux menaces de barrières tarifaires brandies par Donald Trump.

“Il a vraiment la pêche. Ca fait plaisir de voir un président jeune, qui parle anglais, avec un discours clair, souligne Jean-Marie Slove, président d’Alena Systems, une société de la high-tech. Ce Français qui vit depuis 25 ans aux Etats-Unis avoue ne pas avoir été pro-Macron “au début“. Mais il est en train de changer d’avis. “Pendant toutes ces années, je me disais que je ne rentrerai jamais en France. Mais quand je vois le pays se revigorer comme ça, je me dis que j’y retournerai peut-être“.

Avec Alexis Buisson