Des Français chez les jeunes stars de la tech

Dans les locaux de TechStars, un accelérateur de startups à deux pas du Massachusetts Institute of Technology (MIT), les revers de ping-pong résonnent plus souvent que les coups de téléphone. Les baskets sont de rigueur et des post-its colorés recouvrent les murs. Mais gare à la méprise: sous les airs détendus de l’open-space se cache une exceptionnelle densité de brillants entrepreneurs.

La compétition a été rude pour entrer dans ce programme qui se vante d’avoir «des taux de sélection encore plus bas que l’Ivy League». Psykosoft, «crazy software factory» auto-proclamée originaire de Tours, y a trouvé sa place parmi les dix heureux élus. L’entreprise fondée par Mathieu Gosselin, 29 ans, produit des logiciels de création artistique sur ordinateur. Pour travailler sur Psykopaint, leur logiciel phare qui transforme les photos en «peintures» numériques, l’équipe a obtenu 100 000 dollars de «convertible notes» (un prêt qui se convertira en actions dans le futur), et trois mois d’activités destinées à faire avancer le projet, peaufiner la stratégie et densifier le réseau de potentiels investisseurs. Six mois après son arrivée à Boston, son fondateur n’a pas l’air dépassé par les évènements. «La qualité du programme est excellente. On nous fournit des locaux pour travailler, du coaching, des cours, ainsi qu’un programme d’évènements: c’est un peu comme du ‘dating professionnel’, on a plusieurs rencontres avec d’anciens entrepreneurs ayant réussi, des ‘venture capitalists’, des ‘business angels’, certains sont là pour nous parler de ‘fund raising’…», explique celui qui s’excuse déjà pour son « franglais ». Ces trois mois pourraient lui permettre de lever jusqu’à un demi-million de dollars.

Après ses études en France, Mathieu Gosselin est parti travailler à Londres. « Je m’intéressais au ‘Generative Art’ (NDLR : art créé à partir de lignes de code, générées par ordinateur) à titre personnel. Puis mes amis et moi sommes parvenus à un constat: il y avait d’une part des logiciels qui permettaient de transfigurer de A à Z une photographie, par exemple, sans que la créativité humaine ne s’exprime, d’autre part des personnes bénéficiant d’une réelle sensibilité artistique, mais frustrées par leur manque de compétences techniques. J’ai souhaité faire converger le meilleur des deux mondes au sein d’un software créatif ET accessible». Psykopaint est né. Du moins, dans l’imagination de Mathieu Gosselin.

Ce dernier décide de rentrer en France en 2010 pour mettre au point son projet et monter Psykosoft, récompensée un an plus tard par l’incubateur SeedCamp : finaliste, l’équipe de Psykosoft (composée de cinq personnes) passe le mois de mai 2011 à sillonner les Etats-Unis, à la rencontre des plus grands (Facebook et Google notamment). D’anciens « fellows» de TechStars lui vantent les mérites du programme, qu’il connaît déjà. Il y postule pour la seconde fois, et est retenu parmi les finalistes, et pose ses valises à Cambridge au mois de janvier dernier, manches retroussées.

Quand on demande à l’entrepreneur si le futur de Psykosoft sera français ou américain, celui-ci a son idée sur la question. «J’appécie le fait qu’ici les relations professionnelles soient beaucoup moins formelles et hiérarchisées. Mais a priori, je rentrerai en France: d’une part la qualité de vie y est bien supérieure, d’autre part nous embauchons des ingénieurs et ici les études sont tellement chères qu’elles se répercutent sur le prix du travail. En France, les développeurs sont aussi bons et acceptent de travailler pour des salaires plus abordables pour nous». Une entreprise française ‘managée’ à l’américaine? Une chose est sûre, «le mot ‘patron’ sera interdit chez nous».