TEB, la PME bourguignonne qui veut surveiller les supermarchés US

Baudouin de Bretagne, chargé du développement de TEB aux Etats-Unis

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Cela ressemble à la typique success story américaine : un ingénieur qui bricole dans son garage et part à la conquête du monde avec son invention. Sauf que l’histoire commence au milieu des vignes de Meursault et que l’ingénieur est Français, il s’appelle Louis Bidault.

Son invention remonte à 1978: un système de caméras montées sur rail, qui, pense-t-il, permettra aux agriculteurs de surveiller le bétail et d’être prévenus en cas de vêlage. Cette même année, au Salon de l’Agriculture, où Louis Bidault espère convaincre des professionnels, le mécanisme tape en fait dans l’oeil du directeur des magasins Auchan, qui y voit un formidable outil pour ses magasins et entrepôts.

Un contrat inespéré pour le jeune inventeur, qui donnait naissance à TEB (Télésurveillance électronique de Bourgogne). Après les magasins Auchan, d’autres marchés dans le domaine de la grande distribution se présentent, puis c’est au tour des banques, des transports en commun et plus tard des villes. Trente-cinq ans plus tard, TEB intéresse les Etats-Unis. “Nous avons des contacts avancés avec de grands acteurs de la distribution américaine”, confie Baudoin de Bretagne, chargé par TEB de trouver des clients en Amérique du Nord. “Notre technologie a été sélectionnée pour être étudiée par le Walmart’s Lab 415-C, qui s’occupe de trouver pour Walmart les technologies du retail de demain“.

Le système est particulièrement innovant”, explique celui qui travaillait à New York pour Open Loop, une branche de la RATP, avant de rejoindre TEB. “A l’intérieur d’une structure Tube, masquée par un film sans tain, circule une caméra motorisée. Ça permet d’avoir une couverture complète d’une très grande surface sans angles morts et le système n’est pas visible par les consommateurs“.

L’objectif premier des clients de TEB était de garantir la sécurité de leurs locaux, mais très vite, le système a aussi permis de lutter contre le vol, principal fléau des distributeurs. Un argument qui fait mouche auprès des Américains. “Aux Etats-Unis, le vol à l’étalage représente 1,4 % du chiffre d’affaires annuel. Avec notre technologie, nous pourrions le faire baisser d’au moins 0, 2%, ce qui représenterait des économies significatives pouvant atteindre des dizaines de milliards de dollars par an. Le retour sur investissement est donc très rapide” selon Baudoin de Bretagne.

D’autant que TEB s’est considérablement développée. Aujourd’hui l’entreprise bourguignonne, dirigée par Stéphane Bidault, le fils du fondateur, utilise l’intelligence artificielle. “En plus de la partie caméras de surveillance, nous proposons des serveurs informatiques de stockage et des logiciels de traitement d’images, dont certains s’appuient sur un algorithme d’Intelligence Artificielle développé par notre pôle d’ingénieurs”. Banco pour les clients qui peuvent alors connaître les flux de clients, les analyser et adapter leur marketing: “On peut connaître, par exemple, les heures et les zones de forte affluence, catégoriser les consommateurs selon leur genre ou leur âge, mesurer l’attractivité des affichages”, explique Baudoin de Bretagne.

L’intelligence artificielle analyse les données et les transforme en action, ce qui fait gagner du temps et de l’argent aux clients de TEB. “Si la caméra filme une file d’attente en caisse et que le logiciel est configuré pour identifier un encombrement, cela génère une notification auprès des personnes en charge de la gestion des caisses. Elles peuvent ainsi réagir en temps réel et ouvrir une autre caisse”. 

Présent au Salon de la protection à la Nouvelle-Orléans, Baudoin de Bretagne a marqué des points auprès de grands noms de la distribution. Reste à concrétiser ce rêve américain: “On a un produit unique, copié mais jamais égalé, et qui a fait ses preuves. Nous l’améliorons de façon constante afin de bénéficier des derniers bonds technologiques. Il y a un vrai marché pour nous en Amérique du Nord”, explique Baudoin de Bretagne. Et pour TEB, le pari représente beaucoup: “Si les choses marchent bien ici, l’entreprise va basculer dans un autre univers puisque les Etats-Unis sont le premier marché mondial de la surveillance. Un grand distributeur qui signe avec nous, ça se mesure en dizaines de supermarchés“.

Aujourd’hui TEB a installé 1300 tubes caméra et 8000 enregistreurs numériques dans le monde et affiche un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros.

Si le rêve américain de l’entreprise bourguignonne se confirme, Baudoin de Bretagne devra recruter du personnel local, des commerciaux, des techniciens. “”Il faudra penser à produire l’ensemble du système ici, et former des installateurs“. La R&D elle restera en Bourgogne. TEB réussit à attirer là-bas des ingénieurs aux compétences rares attirés par le challenge des innovations lancées par la PME. Et peut-être un peu les vignes.

 

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