Défilé de Paris: la “faute” d’Obama

Credit: Orban Thierry/ABACAUSA.COM

Il y avait une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement à la marche républicaine de dimanche, à Paris. Mais pas Barack Obama. Une absence remarquée qui vaut au président américain de se retrouver, lundi, au centre d’une polémique.

Le seul représentant américain officiel dans le cortège était l’ambassadrice des Etats-Unis en France Jane Hartley. “Mais sa présence n’a pas été remarquée dans une foule de plus d’un million de personnes, note le New York Times, dont 40 leaders“, comme Benyamin Netanyahu, Mahmoud Abbas, David Cameron et Angela Merkel.

Eric Holder, le ministre de la justice américain, était à Paris pour une réunion sur la sécurité mais n’a pas défilé. John Kerry était lui en Inde en raison d’un déplacement prévu depuis longtemps, le vice-président Joe Biden chez lui avec un agenda vide.

Les réactions à l’absence de Barack Obama se sont succédé, dimanche et lundi, venus des médias d’abord. Fait assez rare pour être souligné, un des envoyés spéciaux de CNN se fend d’un éditorial publié sur le site pour dire que cette absence américaine “lui fait honte”: “j’espère que ce n’est pas de l’arrogance américaine, cette croyance que le monde entier doit s’exprimer quand il nous arrive quelque chose mais que notre présence à un rassemblement international est moins importante qu’un billet pour les Green bay (NLR: 3 candidats républicains à la presidentielle étaient à la même heure dans les tribunes de l’important match de football entre Green Bay et Dallas), quand les victimes parlent avec un accent qu’on ne comprend pas” .

Screen Shot 2015-01-12 at 2.26.00 PMLe New York Daily News fait sa “Une” lundi avec le titre Vous avez laissé tomber le monde , sous les photos d’Obama, Kerry, Holder et Biden.

“Barack Obama n’est pas Charlie – ou du moins pas ce week-end”, note pour sa part le site d’information Politico. Selon lui, les réactions du président américains aux attaques en France ont été “mesurées”  . “Obama n’était pas loin de la marche à Washington, dimanche (…) Il a passé cet après-midi frileux à quelques blocs de la Maison blanche, sans emploi du temps public, sans sortir. Joe Biden était chez lui à Wilmington, dans le Delaware. Ni lui ni aucun autre officiel de haut-rang n’a assisté à l’évènement” , observe le site. Qui relève la réaction “diplomatique” de l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis Gérard Araud, qui a remercié sur twitter à Victoria Nuland, la Secrétaire d’Etat adjointe, qui a fait le déplacement, elle.

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Si Kerry ne pouvait pas aller à Paris, pourquoi Obama n’y est pas allé, ou ne s’est-il pas assuré qu’Holder reste plus longtemps? Et quid de Biden qui, comme le président, n’avait pas d’évènements publics dimanche? N’est-ce pas le rôle des vice-présidents, de représenter les Etats-Unis lors d’évènements solennels à l’étranger? ” se demande pour sa part The Atlantic.

La moindre des ironies n’est pas de voir tout à coup les conservateurs américains, habitués à “bouffer” du Français à la moindre occasion, se drapper dans l’indignation. Le National Review, note par exemple que l’absence de représentant américain de haut niveau”est d’autant plus bizarre que (…) le président Hollande a été l’un des alliés les plus solides des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme ces dernières années“. Marco Rubio et Ted Cruz, deux candidats potentiels à la prochaine primaire républicaine, n’ont pas manqué l’occasion de dénoncer ce “nouveau faux-pas” de l’occupant de la Maison Blanche.

La levée de bouclier a fini par obliger la Maison Blanche à réagir, le porte-parole Josh Earnest admettant que les Etats-Unis “auraient dû envoyer un représentant de plus haut niveau”. Le président lui-même aurait aimé s’y rendre si les circonstances avaient été différentes” a-t-il assuré. En “off”, des représentants de l’administration américaine laissaient entendre qu’il était trop difficile d’organiser la sécurité du déplacement présidentiel en moins de 36h, explication qui n’a pas convaincu la plupart des observateurs qui notaient que presque cinquante chefs d’Etats et de gouvernement, y-compris l’hyper protégé premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, avaient eux trouvé les moyens d’organiser leur voyage.