Décret Trump sur l’immigration: les Français des USA doivent-ils le craindre ?

Ça part dans tous les sens“. Il n’y a pas que dans les aéroports américains et internationaux que le décret de Donald Trump sur l’immigration a semé le trouble. Dans les cabinets d’avocats d’immigration comme celui de Florian Dauny, aussi.

Cet avocat français basé à Miami, comme d’autres à travers le pays, se retrouve en première ligne pour répondre aux questions de demandeurs ou de titulaires de visas ou de cartes vertes inquiets de ne pas pouvoir arriver ou revenir aux Etats-Unis. Et pour l’heure, compte-tenu des changements presque quotidiens survenus depuis la signature du décret, vendredi soir, difficile d’apporter des réponses définitives.

Une chose est sûre, cependant: “le décret ne concerne pas les Français à moins qu’ils aient une double nationalité avec l’un des sept pays” visés par la suspension de 90 jours d’entrée sur le territoire américain (Yemen, Irak, Iran, Syrie, Soudan, Somalie, Libye), rappelle l’avocat.

Il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour les Français qui ne partagent pas leur nationalité avec l’un de ces sept pays“, renchérit Julie Leiba Gharagouzloo, fondatrice du cabinet JLG Immigration à Boston. Aux binationaux français dont la seconde nationalité est visée par le décret, elle conseille de présenter leur passeport français lors de leur arrivée à la frontière. “S’ils ont eu leur visa en tant que Français, ils devraient pouvoir passer sans problème“. Même chose pour les titulaires d’une carte verte.

Mais, cautionne-t-elle, la confusion est telle parmi le personnel d’immigration aux frontières, que les conditions d’admission sur le territoire peuvent varier d’un point d’entrée à un autre. Selon elle, l’aéroport international Logan à Boston serait l’un des plus sûrs en raison de la décision, dimanche matin, d’un juge fédéral de Boston interdisant les expulsions et la mise en détention d’immigrés en situation régulière. Bémol: cette décision ne vaut que pour sept jours.

“Etre précautionneux”

Plus que jamais, je conseille à tous les immigrés aux Etats-Unis de respecter leur statut car il y a un raffermissement de la politique d’immigration. Pour les touristes, il est important de ne pas travailler ou d’accepter une activité qui créé de la valeur. Les étudiants aussi ne peuvent pas travailler à moins d’avoir une autorisation spécifique, poursuit l’avocate. Les gens se laissent prendre au piège. Il faut être précautionneux“.

Basée à New York, Sophie Raven recommande, elle, à ses clients ayant une bi-nationalité issue de l’un des sept pays visés de ne pas quitter le territoire pour la durée du décret, soit 90 jours. Les autres aussi doivent s’attendre à des changements. “Les demandes de visas vont être plus scrutées, surtout quand elles émanent de musulmans ou de personnes avec des noms musulmans. Cela ne veut pas dire que les visas seront refusés“, avance-t-elle.

L’avocate dit avoir été contactée par des Français inquiets de la possibilité de voir s’arrêter le programme d’exemption de visa. D’autres, des francophones libanais, se demandent si le Liban sera ajouté à la liste des pays interdits. “Je peux seulement répondre que la situation est mouvante. Je ne veux pas parler au conditionnel pour ne pas faire plus peur que nécessaire“, poursuit maître Raven.

L’administration Trump a, en tout cas, signalé son intention de réviser certains programmes de visas, comme le H-1B, pris pour cible par Donald Trump pendant la campagne.

Pour ceux qui envisagent de faire une demande de H-1B, on ne sait pas pour le moment à quelle sauce ils vont être mangés. Je ne pense pas qu’il y aura de changement radical, mais il se peut que les détails soient modifiés. Les détails peuvent avoir leur importance, souligne Florian Dauny. Des postes clés de l’administration sont occupés par des gens qui sont anti-immigration depuis longtemps. Il faut bien comprendre que les choses vont changer, mais on ne sait pas dans quel sens pour le moment“.