De la philo à la française pendant la marche contre les armes à New York

Caroline Murgue, fondatrice de Moshi

Il devient de plus en plus difficile de se déplacer sur Columbus Circle, en ce samedi 24 mars. La marche contre la violence liée aux armes à feu doit se mettre en mouvement dans une heure à New York, et la Française Caroline Murgue est à pied d’oeuvre. Avec un collègue, elle invite les passants à concevoir leur pancarte sur de grande feuilles blanches. Au passage, elle leur pose une question philosophique: “qu’est-ce que la vie ?“, “qu’est-ce que la société ?” ou encore “qu’est-ce que la loi ?“. Les New-Yorkais se prêtent au jeu avec plus ou moins d’inspiration.

Caroline Murgue est la fondatrice de Moshi, une association qui ambitionne de démocratiser la philosophie auprès des enfants et des adolescents (3-18 ans) au travers d’ateliers “philo-artistiques”. Après avoir conquis plusieurs grandes institutions parisiennes, elle cherche à se développer aux Etats-Unis. Elle a contacté les organisateurs de “March for our lives” qui lui ont donné leur accord pour philosopher dans la rue pendant le rassemblement contre la violence liée aux armes et l’inaction de la classe politique. “Je pars du postulat que tout le monde philosophe. On a tous des pensées philosophiques, mais je reproche à la philosophie de rester cloitrée dans le milieu académique. À la base, c’est une discipline démocratique“, souligne Caroline Murgue, anthropologue de la santé qui est aussi impliquée dans la chaire de la pratique philosophique avec les enfants de l’UNESCO.

Moshi est né dans le sillage des attentats de Charlie Hedbo et de l’Hyper Cacher en janvier 2015. Sous l’impulsion de parents, Caroline Murgue, passionnée de philosophie, décide de créer des ateliers mélangeant pratique artistique (création de films, danse, arts plastiques…) et questionnement sur de grands concepts comme “la communauté, la liberté, la gentillesse, la nature, la citoyenneté“. La Mairie de Paris se laisse convaincre par le projet et l’associe à l’édition 2015 de Paris-Plage. D’autres ateliers suivront dans les écoles, les musées, les bibliothèques ou dans la rue… “Après les attentats, on était dans une telle émotion collective. Il était très important d’amener les gens à se questionner, se comprendre les uns les autres, et favoriser le vivre-ensemble“, souligne-t-elle.

Récemment, elle a été invitée à Boston pour faire découvrir le concept aux Américains. Depuis, elle est intervenue dans des écoles franco-américaines à New York et Boston, et dans des librairies et bibliothèques, comme la Boston Public Library.

Aux Etats-Unis, patrie de la philosophie pour enfants, il y a “beaucoup d’initiatives mais ça reste très académique, explique-t-elle. La philosophie pour les enfants attire les classes sociales supérieures internationales, mais je ne veux pas que ça reste dans ces milieux-là. Aux Etats-Unis, je fais un grand travail de pédagogie sur cette pratique. Car la philosophie n’est pas du tout étudiée au lycée. Ils pensent que c’est réservé à une élite. En France, c’est une tradition“.