“Days of Gray”, le cinéma sans repères

A 20 et 23 ans seulement, Alice Bloch, productrice, et Ani Simon-Kennedy, réalisatrice, se sont lancées dans un projet « fou » : la production d’un long métrage qui sera tourné en Islande cet été, Days of Gray. Le film s’inscrit ni dans le temps ni dans l’espace, et raconte l’histoire d’un  jeune garçon qui quitte sa famille pour partir dans des contrées interdites. Lors de son voyage, il rencontre une jeune fille avec laquelle il part à la découverte d’un monde post apocalyptique. Dans cet univers peuplé de mutants, ces enfants se découvrent. Pour couronner le tout, il n’y a aucun dialogue dans le film.

C’est à Prague, en se retrouvant « par hasard » à un concert du groupe islandais, Hjaltalín, qui assure la musique du film, que l’idée émerge dans la tête d’Ani Simon-Kennedy. Née à New York mais élevée à Paris dans un foyer bilingue, la jeune réalisatrice jouit d’un bagage solide pour son âge. Elle a travaillé sur les “sets” de films de renom tels que « The Tempest », « Morning Glory », « Midnight in Paris » ou encore « Fantastic Mr Fox » au côté de Wes Anderson. Son court métrage « Sea Full of Hooks » a été sélectionné au Corner du Festival de Cannes 2011. La même année, elle crée sa propre boite de production, Bicephaly Pictures.

« Ma rencontre avec Ani fut une révélation », avoue Alice Bloch, étudiante à Sciences Po Paris en échange en troisième année à New York. C’est à la projection de Sea Full of Hooks  en janvier 2012 que les deux cinéphiles se rencontrent. « Ce fut un véritable coup de foudre. J’ai été profondément touchée par le court métrage d’Ani, que j’ai trouvé complètement différent de ce que j’ai l’habitude de voir (…) Lorsque Ani m’a parlé de son projet de film, j’ai été tout de suite emballée. Je fais entièrement confiance à son art ». Alice Bloch, aussi, s’y connaît en cinéma. Père réalisateur et directeur d’une boite de distribution en France, mère chercheuse dans le cinéma, elle est tombée dans le 7e art toute petite. Pas de télé à la maison, que des films. En 2010, elle effectue un stage au sein de l’entreprise de Video On Demand Le Meilleur du Cinéma et en septembre 2011 à l’Independent Filmmaker Project à New York, une association à but non lucratif qui soutient les projets de films indépendants.

« J’avais l’idée de réaliser ce film depuis longtemps, mais c’est Alice qui a permis au projet de se faire, explique Ani Simon-Kennedy. L’une des caractéristiques de ce film est l’universalité. Ni temps, ni lieu ». « C’est un film qui peut toucher tout le monde, il n’y a pas d’ancrage culturel », ajoute Alice Bloch. Autre particularité : l’équipe du film est presque intégralement féminine. « Les femmes dans le cinéma, c’est un sujet qui nous tient à cœur », disent-elles. « Lorsque je vois que parmi la sélection officielle de Cannes 2012, il n’y a que deux réalisatrices, je suis choquée », souligne Alice Bloch. « Le film est aussi une manière de prouver que la femme a sa place dans la réalisation. »

Le projet a déjà récolté une partie des fonds nécessaires à sa réalisation grâce à des donateurs privés, l’Independent Filmmaker Project et Kickstarter, un site qui permet à tout projet créatif sélectionné de lever des fonds grâce au soutien des internautes (voir la vidéo du projet ci-dessous). La date butoir pour les donations sur ce dernier site est prévue pour le 3 juin. Le film bénéficie déjà du soutien d’une boite de production islandaise. Les deux cinéphiles ont l’intention de négocier les droits de distribution DVD et VOD au Festival de Cannes. Et veulent organiser, pour son lancement, des projections accompagnées en live par le groupe qui a assuré la musique du film. Comme autrefois. “Nous voulons retrouver le côte sacré et festif du cinéma d’antan, où la sortie du film était un véritable événement“.